Le centre d’art de la Villa Arson à Nice présente "Magnanrama", une exposition collective qui plonge dans l'univers de Nathalie Magnan, une figure majeure mais encore méconnue du cyberféminisme, de la théorie des médias et de l'activisme. Du 20 février au 31 mai 2026, l'événement retrace le parcours de cette penseuse disparue en 2016, tout en connectant son héritage aux enjeux contemporains.
À travers des archives, des films et les œuvres d'artistes de plusieurs générations, l'exposition ne se contente pas de rendre hommage ; elle propose une biographie collective vivante, interrogeant l'impact de sa pensée à l'ère des réseaux sociaux, de l'intelligence artificielle et des nouvelles formes de militantisme numérique.
Les points clés de l'exposition
- Qui : Nathalie Magnan (1956-2016), théoricienne des médias, réalisatrice, cyberféministe et hacktiviste.
- Quoi : "Magnanrama", une exposition collective mêlant archives, films et œuvres d'art contemporain.
- Où : Au centre d'art de la Villa Arson, à Nice.
- Quand : Du 20 février au 31 mai 2026.
- Pourquoi : Pour mettre en lumière l'actualité de sa pensée et son influence sur les artistes et militants d'aujourd'hui.
Nathalie Magnan, une pionnière des cultures numériques
Nathalie Magnan a été bien plus qu'une simple théoricienne. Elle était une véritable "passeuse", créant des ponts entre des mondes qui se parlaient peu : le milieu universitaire, les cercles militants, la scène artistique et les communautés technologiques naissantes. Son travail a exploré très tôt les questions de genre dans les technologies et la manière dont les médias façonnent notre perception du monde.
Disparue en 2016 à l'âge de soixante ans, elle laisse un héritage intellectuel considérable. Elle a toujours défendu l'idée que chacun et chacune devait pouvoir produire ses propres images et récits, une conviction qui résonne particulièrement aujourd'hui. Sa démarche, basée sur le collectif et le "Do It Yourself", a inspiré de nombreuses personnes à s'approprier les outils numériques pour contester les discours dominants.
Son approche était à la fois rigoureuse et empreinte d'humour, utilisant l'investigation participative pour déconstruire les mécanismes de pouvoir à l'œuvre dans les médias et la technologie.
Une biographie collective à la Villa Arson
L'exposition "Magnanrama" n'est pas un simple portrait posthume. Les commissaires ont choisi de la concevoir comme une biographie collective. L'objectif est de montrer comment les idées de Nathalie Magnan continuent de vivre et d'évoluer à travers le travail d'autres artistes et penseurs.
Le parcours rassemble des figures qui l'ont précédée, comme la réalisatrice féministe américaine Barbara Hammer, mais aussi des collectifs et artistes qu'elle a côtoyés. On y retrouve des noms emblématiques du cyberféminisme des années 90, tels que VNS Matrix et Old Boys Network, ou encore des activistes comme The Yes Men.
Le cyberféminisme, un mouvement précurseur
Le cyberféminisme est un courant de pensée et d'action apparu dans les années 1990. Il analyse les liens entre la technologie, internet et le genre. Ses pionnières, comme Nathalie Magnan, voyaient dans le cyberespace un territoire potentiel d'émancipation pour les femmes et les minorités, un lieu où réinventer les identités et déconstruire les stéréotypes de genre. Elles promouvaient une appropriation critique et créative des outils numériques.
L'exposition crée ainsi un dialogue entre les générations. Elle montre comment les intuitions de Magnan sur le contrôle des données, la surveillance et la représentation de soi en ligne sont aujourd'hui au cœur des préoccupations d'une nouvelle vague d'artistes comme Chloé Desmoineaux ou Cindy Coutant.
Des archives vivantes pour penser le présent
Une partie importante de l'exposition s'appuie sur le fonds d'archives de Nathalie Magnan, déposé par sa compagne Reine Prat aux Archives de la critique d’art à Rennes. Ces archives sont à l'image de sa vie : un mélange foisonnant où la vie privée et professionnelle, l'activisme et la transmission, la culture institutionnelle et l'autogestion s'entremêlent.
Explorer ces documents, c'est comprendre sa méthode de travail rhizomatique, où tout est connecté. Textes, images, correspondances et projets inachevés témoignent d'une pensée en mouvement constant, toujours prompte à croiser les disciplines et à remettre en question les légitimités établies.
Un héritage face aux défis actuels
L'exposition soulève une question centrale : que penserait, écrirait et ferait Nathalie Magnan aujourd'hui ? Face à la puissance des réseaux sociaux, à l'essor de l'intelligence artificielle, à la concentration des médias et aux crises mondiales, son regard critique et son appel à l'action collective semblent plus pertinents que jamais.
Les organisateurs invitent le public à s'interroger sur notre propre rapport aux technologies. Comment utilisons-nous ces outils ? Sommes-nous de simples consommateurs de contenus ou des acteurs capables de produire nos propres représentations, comme elle nous y encourageait ?
Les artistes réunis pour "Magnanrama"
La force de l'exposition réside dans sa capacité à fédérer une communauté d'esprits autour de la figure de Nathalie Magnan. La sélection artistique met en lumière la diversité des pratiques qui prolongent ses combats.
- Les précurseurs : Des œuvres de Barbara Hammer rappellent les racines du cinéma féministe expérimental qui a nourri Magnan.
- Les contemporains : Des collectifs comme les Guerrilla Girls ou des artistes comme Shu Lea Cheang illustrent l'effervescence des scènes artistiques et militantes qu'elle a fréquentées.
- La nouvelle génération : Des artistes comme Bobby Brim et Ada LaNerd explorent les nouvelles frontières du hacktivisme et de l'art numérique, montrant que les sillons ouverts par Magnan sont toujours fertiles.
En réunissant ces voix, "Magnanrama" ne fige pas Nathalie Magnan dans le passé. Au contraire, l'exposition la réactive, la rend présente et agissante. Elle offre aux visiteurs des outils pour comprendre un monde numérique de plus en plus complexe, tout en célébrant une femme qui a navigué avec audace sur les mers comme sur les internets.





