Quatre ans après le début de l'invasion russe, un rassemblement sur la place Garibaldi à Nice a mis en lumière le sort tragique des enfants ukrainiens. Entre une mise en scène poignante et des témoignages alarmants, la communauté locale a rappelé l'urgence d'agir pour une génération marquée par la guerre.
Organisé par l'Association franco-ukrainienne Côte d'Azur (Afuca), l'événement a réuni environ 200 personnes ce dimanche, unissant leurs voix pour dénoncer les souffrances endurées par les plus jeunes.
Les points clés
- Un rassemblement a eu lieu à Nice pour marquer les quatre ans de l'invasion de l'Ukraine, centré sur le sort des enfants.
- Plus de 12 000 enfants ukrainiens sont devenus orphelins et près de deux millions ont été contraints à l'exil.
- Des milliers d'enfants auraient été enlevés et placés dans des programmes d'endoctrinement en Russie.
- L'association Afuca lance un appel aux dons pour organiser des séjours de reconstruction psychologique pour ces jeunes victimes.
Une scène symbolique au cœur de Nice
La place Garibaldi s'est transformée en un théâtre de mémoire ce dimanche matin. Sous les drapeaux bleus et jaunes, une dizaine d'enfants se sont allongés sur le sol, immobiles. Le son strident d'une sirène d'alerte, mêlé au sifflement simulé de missiles, a soudainement envahi la place, glaçant l'atmosphère.
Cette performance visait à illustrer le quotidien de millions d'enfants en Ukraine depuis le 24 février 2022. Un silence pesant s'est installé parmi les 200 participants, venus témoigner leur solidarité. La scène, forte et sobre, parlait d'elle-même, évoquant la peur et la perte d'innocence.
Après cette simulation, les enfants se sont relevés pour brandir des colombes en papier. Sur chacune d'elles était inscrit le nom d'une ville ukrainienne meurtrie, accompagné de mots comme « espoir », « mémoire » et « courage ». Un geste simple mais puissant pour ne pas oublier.
Des chiffres qui révèlent une catastrophe humaine
Au-delà du symbolisme, les discours ont rappelé la dure réalité des chiffres. La guerre a laissé des cicatrices profondes sur la jeunesse ukrainienne. Selon les données partagées lors de l'événement, les conséquences sont vertigineuses.
L'enfance brisée en chiffres
- 12 000 enfants sont devenus orphelins en quatre ans de conflit.
- 2 millions d'enfants ont été forcés de fuir leur pays et de chercher refuge à l'étranger.
- 540 000 bébés sont nés dans des abris souterrains, sans connaître la paix.
Un discours poignant a souligné cette réalité : « Les enfants sont notre avenir. [...] Ils ne savent pas encore ce qu’est la paix, mais savent déjà se battre pour la vie ». Ces mots ont résonné sur la place, rappelant que derrière chaque statistique se trouve une histoire personnelle, une enfance volée.
L'enlèvement d'enfants, un crime de guerre silencieux
L'un des aspects les plus sombres du conflit a également été mis en avant : l'enlèvement et la déportation d'enfants ukrainiens vers la Russie. Irina Bourdelles, directrice générale de l'Afuca et consul honoraire d'Ukraine à Nice, a tiré la sonnette d'alarme.
« Au tout début de la guerre, on n’en parlait pas. Aujourd’hui, on sait que des enfants sont kidnappés par les Russes. On ne connaît pas le chiffre exact, mais il pourrait atteindre jusqu’à 20 000 enfants et adolescents. C’est énorme. »
Elle a partagé l'expérience d'un séjour organisé dans le Var pour de jeunes Ukrainiens, dont certains venaient d'être rapatriés de Russie. « C'était très difficile pour eux. Ils ont vécu des choses qu’un enfant ne devrait jamais connaître. Psychologiquement, ils sont extrêmement fragiles », a-t-elle confié, la voix chargée d'émotion.
Un système d'endoctrinement à grande échelle
Ces enlèvements ne sont pas des actes isolés, mais semblent faire partie d'une stratégie organisée. Un rapport de l'université de Yale, publié en septembre 2025, a identifié un vaste réseau de camps destinés à la « rééducation » de ces enfants.
Le réseau russe de rééducation
L'étude de l'université de Yale a identifié 210 établissements en Russie et dans les territoires occupés. Ces lieux, présentés comme des colonies de vacances ou des centres de santé, serviraient en réalité à des programmes d'endoctrinement politique et, dans certains cas, à un entraînement militaire forcé. Le rapport décrit un « système potentiellement sans précédent » capable de détenir des dizaines de milliers d'enfants sur de longues périodes.
Ces révélations confirment les craintes des organisations humanitaires et donnent une dimension encore plus sinistre à la situation. Il ne s'agit pas seulement de déplacer des enfants, mais de tenter d'effacer leur identité ukrainienne.
Un appel à l'aide pour reconstruire des vies
Face à l'ampleur de ce drame, l'Association franco-ukrainienne Côte d'Azur ne reste pas inactive. L'organisation a déjà mis en place des actions concrètes pour aider ces jeunes victimes à se reconstruire, loin des traumatismes de la guerre et de la captivité.
Le séjour organisé dans le Var n'était qu'un début. L'Afuca souhaite renouveler cette initiative en 2026 pour accueillir davantage d'enfants et leur offrir un soutien psychologique adapté. Pour y parvenir, l'association lance un appel au soutien financier et logistique.
L'objectif est clair : offrir à ces enfants un havre de paix temporaire, un espace où ils peuvent commencer à guérir et à redevenir des enfants. Le rassemblement de Nice n'était pas seulement un acte de mémoire, mais aussi un appel à l'action pour que l'avenir de ces jeunes ne soit pas entièrement défini par la guerre.





