Les chiffres récents de la délinquance dans la métropole de Nice Côte d'Azur révèlent une transformation profonde des menaces pesant sur la sécurité des habitants. Si les atteintes aux biens comme les cambriolages sont en forte baisse, une augmentation marquée des violences intrafamiliales et du trafic de stupéfiants dessine un nouveau paysage sécuritaire, plus complexe et souvent moins visible.
Cette évolution, observée sur une période de huit ans, de 2016 à 2024, montre que la criminalité se déplace de l'espace public vers la sphère privée et s'ancre dans des réseaux organisés. Malgré des statistiques encourageantes sur certains fronts, le sentiment d'insécurité, lui, peine à reculer.
Les points clés
- Les cambriolages ont chuté de plus de 40% à Nice et jusqu'à 72% à Vence entre 2016 et 2024.
- Les violences intrafamiliales ont explosé, avec une hausse allant de 44% à Nice à 355% à La Trinité.
- Le trafic de stupéfiants s'intensifie, notamment à Nice où les interpellations ont augmenté de près de 70%.
- Malgré la baisse des vols, le sentiment d'insécurité reste élevé, touchant une part importante de la population.
Une baisse notable des atteintes aux biens
Les données fournies par le ministère de l'Intérieur pour plusieurs communes de la métropole niçoise dressent un constat clair : les vols et les cambriolages sont en net recul. Cette tendance positive concerne l'ensemble du territoire analysé, apportant un certain soulagement aux résidents et aux autorités.
À Nice, le nombre de cambriolages de logements a diminué de 43,4 % en l'espace de huit ans. D'autres villes de la métropole affichent des résultats tout aussi significatifs. Cagnes-sur-Mer enregistre une baisse de 47 %, tandis que Saint-Laurent-du-Var voit ce chiffre reculer de 35,2 %.
La commune de Vence se distingue particulièrement avec une chute spectaculaire de 71,9 % du nombre de cambriolages sur la même période. La Trinité suit également cette dynamique positive avec une réduction de 42,6 %. Cette régression des atteintes aux biens est une victoire pour les stratégies de sécurité mises en place, mais elle ne représente qu'une facette de la réalité.
La montée inquiétante des violences personnelles
Derrière ces chiffres encourageants se cache une réalité plus sombre. La violence, elle, ne disparaît pas ; elle change de forme et se déplace vers des sphères plus intimes et souvent plus difficiles à appréhender pour les forces de l'ordre.
L'explosion des violences au sein du foyer
Le phénomène le plus alarmant est l'augmentation exponentielle des violences physiques commises dans le cadre familial. Les statistiques sont sans appel et témoignent d'un problème social profond qui touche l'ensemble de la métropole.
Entre 2016 et 2024, ces violences ont augmenté de :
- 43,9 % à Nice
- 60,5 % à Cagnes-sur-Mer
- 76,3 % à Vence
- 79,5 % à Saint-Laurent-du-Var
La situation est particulièrement préoccupante à La Trinité, où les cas de violences intrafamiliales ont bondi de 355 % sur huit ans. Cette hausse spectaculaire peut en partie s'expliquer par une meilleure prise en compte de ces délits et une plus grande propension des victimes à porter plainte, mais elle révèle une violence latente qui s'exprime désormais au grand jour.
Une lecture prudente des statistiques
Alain Bauer, professeur émérite de criminologie, invite à la prudence dans l'interprétation de ces données. Il souligne que « l’appareil statistique administratif ne prend pas en compte la localisation des faits, mais des dépôts de plainte. Il n’enregistre que ce qui est déclaré par les victimes et donne lieu à un début de procédure ». La hausse enregistrée reflète donc aussi une libération de la parole, longtemps contenue.
Les violences physiques en dehors du cadre familial connaissent également une hausse, bien que moins prononcée. Elles ont augmenté de 7,6 % à Nice et jusqu'à 36,9 % à Vence, indiquant une tension sociale plus générale sur le territoire.
Le narcotrafic, un fléau enraciné
Parallèlement à la hausse des violences interpersonnelles, la métropole niçoise fait face à un autre défi majeur : l'ancrage durable du trafic de stupéfiants. Ce phénomène alimente une économie souterraine et génère des conflits violents pour le contrôle des territoires.
À Nice, le nombre de personnes mises en cause pour trafic de drogue a explosé de 68,6 % entre 2016 et 2024. Cette augmentation témoigne à la fois d'une activité criminelle accrue et d'une pression policière plus forte pour y faire face.
« L'enracinement du narcotrafic est marqué par des guerres des zones de chalandise qui s’atténuent à Marseille (...) mais s’accentuent sur les nouvelles cibles de la DZ Mafia, déjà implantée à Nice et dans sa métropole. » - Alain Bauer, professeur émérite de criminologie.
Cette analyse met en lumière une mutation de la criminalité organisée. Les réseaux, comme la redoutée "DZ Mafia", étendent leur influence au-delà de Marseille, considérant la Côte d'Azur comme un marché stratégique. Cette implantation s'accompagne inévitablement de règlements de comptes et d'une augmentation de la violence dans certains quartiers.
Un sentiment d'insécurité qui ne faiblit pas
La contradiction est frappante : alors que le risque d'être victime d'un cambriolage diminue, le sentiment d'insécurité des habitants, lui, reste une préoccupation majeure. La nature changeante de la délinquance, plus violente et imprévisible, semble peser davantage sur le ressenti de la population.
L'insécurité en chiffres nationaux
Selon l'enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité » du ministère de l’Intérieur pour 2024, 15 % de la population française se sentent en insécurité à leur domicile et 22 % dans leur propre quartier. Ces chiffres montrent que la peur de la délinquance est un phénomène national qui dépasse les seules statistiques de la criminalité enregistrée.
La visibilité du trafic de drogue, les reportages sur les violences urbaines et la perception d'une augmentation des agressions personnelles contribuent à alimenter cette anxiété. La violence, même si elle se concentre dans des cercles privés ou des milieux criminels, a un impact psychologique sur l'ensemble de la société.
Le défi pour les autorités est donc double : continuer à lutter contre toutes les formes de criminalité, tout en travaillant à restaurer la confiance des citoyens. Cela passe par une présence visible sur le terrain, une justice efficace et une prise en charge adaptée des nouvelles formes de violence qui gangrènent le tissu social.





