Plus d'un an et demi après l'incendie criminel qui a coûté la vie à sept membres de leur famille dans le quartier des Moulins à Nice, les trois frères rescapés ont été entendus pour la première fois par le juge d'instruction. Une étape cruciale et douloureuse dans leur quête de justice et de vérité.
Soutenus par leurs avocats, Zakidine, Zayairoudine et Afouwady ont livré un témoignage poignant ce mardi au palais de justice de Nice, revenant sur la nuit du 18 juillet 2024 qui a anéanti leur famille, victime collatérale d'un règlement de comptes lié au trafic de drogue.
Points Clés
- Trois frères survivants de l'incendie des Moulins ont témoigné devant le juge d'instruction.
- L'incendie criminel du 18 juillet 2024 a causé la mort de sept personnes, dont quatre enfants.
- L'enquête a permis l'arrestation de plusieurs suspects, dont le commanditaire présumé.
- Les rescapés souffrent de lourdes séquelles physiques et psychologiques et attendent des réponses.
Une audition éprouvante pour reconstruire les faits
C'est un moment que les trois frères attendaient et redoutaient à la fois. Ce mardi, au terme d'une audition de quatre heures dans le bureau du magistrat instructeur, Zakidine, 24 ans, Zayairoudine, 21 ans, et Afouwady, 18 ans, ont retracé le fil de la nuit d'horreur. Leurs mots, chargés d'une douleur encore vive, ont permis de préciser le déroulement des événements qui ont vu leur appartement du septième étage se transformer en un piège mortel.
Leur avocat, Maître Philippe Soussi, a décrit une scène d'une grande émotion. « Ils sont encore dans une immense souffrance, dans le déni », a-t-il confié à la sortie du tribunal. « On a l’impression que la catastrophe s’est déroulée ce matin. » Malgré le traumatisme, les jeunes hommes ont fait preuve d'une grande précision dans leur récit, un exercice indispensable pour la manifestation de la vérité.
Rappel des faits du 18 juillet 2024
Aux alentours de 2h30 du matin, un incendie d'une violence extrême s'est déclaré dans un immeuble de la rue de la Santoline, dans le quartier des Moulins. L'enquête a rapidement établi l'origine criminelle du sinistre : des hydrocarbures avaient été déversés dans les parties communes des trois premiers étages. Les flammes et les fumées toxiques se sont propagées à une vitesse fulgurante dans la cage d'escalier, piégeant les habitants de l'appartement du dernier étage.
Le bilan est tragique : sept personnes d'une même famille, totalement étrangères au trafic de drogue qui a motivé cet acte, ont perdu la vie. Parmi les victimes figurent la mère de famille et son compagnon, une tante, le frère jumeau d'Afouwady, ainsi que trois jeunes enfants âgés de 5, 7 et 10 ans.
Le long chemin de la reconstruction
Pour les survivants, la vie s'est arrêtée cette nuit-là. Les séquelles sont autant physiques que psychologiques. Zakidine, l'aîné, est un véritable miraculé. Pour échapper aux flammes, il a sauté du septième étage. Aujourd'hui, il se déplace avec difficulté, à l'aide d'un déambulateur et de béquilles. Son corps porte les stigmates de cette décision désespérée.
Zayairoudine et Afouwady, restés à l'intérieur, ont survécu dans des conditions extrêmes. Leur avocat souligne un traumatisme d'une profondeur rare. « J’ai rarement vu des gens aussi profondément traumatisés », a déclaré Maître Soussi. L'audition a permis au juge de prendre la mesure de leur état de santé, de leur suivi médical et psychologique, et de leur expliquer la prise en charge de leur situation par la justice.
« Ils veulent juste que ça avance, que justice se fasse. Et puis comprendre. Comprendre pourquoi ces personnes ont commis un acte d’une cruauté extrême, puisqu’il ne pouvait aboutir qu’à un désastre... » - Maître Philippe Soussi, avocat des parties civiles.
Les trois frères ne cherchent pas la vengeance, mais des réponses. Leur démarche est animée par une seule question : pourquoi ? Pourquoi leur famille, innocente, a-t-elle été sacrifiée dans une guerre qui n'était pas la sienne ?
Une enquête complexe aux ramifications internationales
Depuis le drame, les enquêteurs du Service Interdépartemental de Police Judiciaire des Alpes-Maritimes (SIPJ 06) ont mené un travail colossal. Leurs investigations ont permis de remonter la piste des auteurs et des commanditaires de cet acte barbare.
Les suspects derrière les barreaux
L'enquête a mené à l'identification et à l'arrestation de plusieurs individus. Les incendiaires présumés, trois jeunes originaires d'Île-de-France, ainsi que leurs complices locaux, ont été rapidement interpellés. L'investigation a également permis d'arrêter un logisticien et, surtout, le commanditaire présumé de l'opération.
L'affaire a pris une dimension internationale, compliquant la procédure judiciaire. Voici l'état des lieux des arrestations :
- Trois incendiaires présumés : âgés de 17, 18 et 21 ans au moment des faits, originaires de la région parisienne.
- Deux complices locaux : des Azuréens de 23 et 25 ans.
- Un logisticien : un homme originaire de Grasse.
- Le commanditaire présumé : Hervé M., arrêté en Guinée-Bissau en décembre 2024.
- Un des incendiaires en fuite : rattrapé en Algérie en avril 2025.
La coopération internationale est désormais un enjeu majeur du dossier. Les avocats et la famille espèrent que les deux protagonistes détenus à l'étranger, en Algérie et en Guinée-Bissau, pourront être extradés pour être jugés en France aux côtés de leurs complices. L'absence d'accords d'extradition avec ces pays fait peser une incertitude sur la tenue d'un procès unique pour tous les accusés.
L'attente d'un procès pour faire le deuil
L'audition par le juge d'instruction a été une étape fondamentale, apportant, selon les mots de Maître Soussi, « un peu de baume au cœur » aux rescapés. Elle leur a permis de se sentir écoutés et de comprendre que la machine judiciaire, bien que lente, avance de manière déterminée.
Le chemin vers le procès d'assises est encore long, mais il représente pour Zakidine, Zayairoudine et Afouwady l'unique perspective d'obtenir justice et, peut-être, d'entamer un jour un impossible travail de deuil. Ils se préparent à cette future épreuve avec la dignité et le courage qui les caractérisent depuis ce funeste jour de juillet 2024, soutenus par leurs proches et leurs conseils, dans l'attente que les responsables de cette tragédie répondent de leurs actes devant la justice française.





