À l'approche des élections municipales de 2026, la politique environnementale de Nice devient un champ de bataille idéologique. Entre la majorité métropolitaine qui prône une « transition apaisée » et une opposition de gauche écologiste qui dénonce une « politique de façade », les projets structurants de la ville, de la Coulée Verte à la Plaine du Var, cristallisent des visions radicalement différentes pour l'avenir.
Points Clés
- La majorité défend l'extension de la Coulée Verte comme un projet bénéfique pour le climat et le bien-être, tandis que l'opposition y voit une opération de "carte postale".
- Le plan vélo est critiqué pour son retard, avec moins de la moitié des 160 km prévus réalisés, bien que la Métropole souligne une augmentation de la fréquentation.
- L'extension de l'aéroport et l'urbanisation de la Plaine du Var sont des points de friction majeurs, opposant développement économique et préservation des terres.
- Deux philosophies s'opposent : une écologie pragmatique et incitative contre une écologie jugée plus systémique et moins centrée sur les grands projets d'embellissement.
La Coulée Verte : Poumon vert ou simple jardin d'agrément ?
Le projet d'extension de la Promenade du Paillon, souvent appelé saison 2 de la Coulée Verte, est au cœur des débats. Pour la Métropole, ce chantier est un atout indéniable pour la qualité de vie et l'environnement niçois.
Richard Chemla, vice-président de la Métropole en charge de l'environnement, défend un projet aux multiples bénéfices. « Il permettra de capter du CO₂ et de réduire les îlots de chaleur, c’est indéniable », affirme-t-il. Il le décrit comme un « nouvel espace de sérénité en plein centre » et insiste sur sa conception technique, avec des réservoirs d'eaux pluviales et des essences végétales adaptées à la dalle recouvrant le fleuve. Pour lui, il ne s'agit pas de « greenwashing ».
Une vision que ne partage pas Juliette Chesnel-Le Roux, qui mènera la liste de la gauche écologiste. Elle concède que ce sera un « beau jardin », mais réfute le terme de « forêt urbaine » sur une dalle de béton. Elle critique surtout une vision politique qui, selon elle, « concentre les moyens sur la carte postale, comme toujours ». Pour l'opposition, l'écologie doit être une politique globale et non se résumer à un « ruban vert » en hypercentre.
Mobilités douces : Le plan vélo en question
La place du vélo dans la ville est un autre sujet de divergence. Bien que l'usage de la bicyclette progresse, la mise en œuvre du « Plan Vélo » métropolitain suscite des critiques.
Le vélo en chiffres à Nice
La fréquentation des pistes cyclables est en hausse de 12 % à 20 % selon les axes. La Promenade des Anglais voit passer entre 4 000 et 4 500 cyclistes par jour, signe d'un changement progressif des habitudes, notamment pour les trajets domicile-travail.
Juliette Chesnel-Le Roux pointe du doigt un objectif non atteint. « Le plan prévoyait 160 kilomètres de pistes cyclables, nous n’avons même pas atteint la moitié », déplore-t-elle. Elle dénonce également des suppressions de pistes et le non-respect de la loi d'orientation des mobilités, qui impose d'intégrer des aménagements cyclables à chaque chantier de voirie.
Face à cela, la Métropole reconnaît un léger retard sur le calendrier initial mais met en avant une approche qualitative. Richard Chemla parle de « pistes sécurisées » et de « continuités réelles » qui visent à encourager les non-pratiquants. « On ne fait pas des pistes ‘pour ceux qui font déjà du vélo’, on les fait pour donner envie, en sécurisant. Et ça fonctionne », assure-t-il.
Grands projets : Aéroport et Plaine du Var
Les débats les plus vifs concernent sans doute les projets d'infrastructures majeures, perçus différemment à travers le prisme écologique.
Un aéroport en pleine expansion
L'extension de l'aéroport Nice Côte d'Azur est un dossier sensible. L'opposition écologiste demande des mesures strictes pour limiter son impact. « Il faut impérativement faire respecter le couvre-feu de 23 à 6 heures, et en finir avec les jets privés », martèle Juliette Chesnel-Le Roux, qui plaide pour un report vers le ferroviaire, notamment avec la relance des trains de nuit.
La Métropole, tout en rappelant qu'elle ne gère pas l'aéroport, se montre plus modérée. Richard Chemla note que les flottes aériennes évoluent positivement et rejoint son opposante sur un point crucial : l'alternative ferroviaire.
« Si l’on souhaite diminuer les trajets en avion, la priorité, c’est d’améliorer vraiment le train », concède-t-il, estimant qu'il vaut mieux offrir une alternative crédible que de « faire la guerre » à l'aéroport.
L'urbanisation de la Plaine du Var
L'aménagement de la Plaine du Var est qualifié de « bétonisation » par l'opposition. « Le secteur est inondable, c’est aussi un réservoir agricole », alerte Juliette Chesnel-Le Roux, qui souhaite stopper l'artificialisation des sols pour y installer des agriculteurs et renforcer l'autonomie alimentaire du territoire.
Deux modèles de développement
La confrontation sur la Plaine du Var illustre un choix fondamental. D'un côté, une vision axée sur la construction de logements pour les actifs dans des éco-quartiers modernes. De l'autre, un modèle prônant la préservation des terres agricoles pour assurer une souveraineté alimentaire locale et limiter les risques liés aux inondations.
Richard Chemla défend les choix de la Métropole, expliquant avoir « changé d'avis » sur le sujet. Il assure que les projets actuels se font sur des terrains déjà dégradés et pollués. En parallèle, il met en avant la création d'une « ceinture nourricière » avec l'accompagnement de jeunes agriculteurs. L'objectif est de loger les actifs tout en développant une agriculture locale.
Deux philosophies pour une même ville
Au-delà des projets spécifiques, ce sont deux approches de l'écologie qui s'opposent. D'un côté, Richard Chemla plaide pour une « transition apaisée », loin de ce qu'il nomme « l'écologie punitive ».
De l'autre, Juliette Chesnel-Le Roux critique une « politique de la carte postale » qui embellit le centre-ville sans s'attaquer aux problèmes de fond, comme la rénovation énergétique des bâtiments existants. Le débat est lancé, et il appartiendra aux électeurs niçois de trancher en mars 2026.





