La ville de Nice a franchi une étape décisive dans la protection de son littoral avec la présentation des détails de sa future aire marine protégée (AMP). Le projet, qui entrera en vigueur le 1er juin 2026, vise à sauvegarder l'écosystème marin local à travers la création de deux zones de protection forte, l'une le long de la promenade des Anglais et l'autre au Cap de Nice.
Après des mois de concertation avec les différents usagers de la mer, une consultation publique est désormais ouverte jusqu'au 26 décembre pour finaliser les contours de cette initiative environnementale majeure. L'objectif est de concilier la préservation de la biodiversité avec les activités humaines traditionnelles.
Les points clés
- Création de deux zones de protection forte totalisant près de 49 hectares.
- Interdiction de la pêche de loisir et de la navigation dans la zone de la Promenade des Anglais.
- Réglementation stricte de la pêche professionnelle et de la plongée au Cap de Nice.
- Le projet fait l'objet d'une consultation publique avant son application prévue pour juin 2026.
- Des réactions partagées entre satisfaction, critiques sur la surface et inquiétudes des professionnels.
Les contours du projet révélés
Le projet d'arrêté interpréfectoral détaille précisément les deux secteurs qui bénéficieront d'une protection renforcée. Ces zones ont été choisies pour leur richesse écologique et leur potentiel de régénération.
Une première zone sur la Promenade des Anglais
La première zone s'étendra sur une bande littorale de 27,7 hectares, le long de la célèbre promenade des Anglais. Elle couvrira un linéaire de 740 mètres de côte, entre les épis du Negresco et du Centre universitaire méditerranéen, jusqu'à la limite des 300 mètres au large.
Dans ce périmètre, les activités humaines seront fortement limitées. La pêche de loisir, y compris depuis le bord, ainsi que la pêche professionnelle, seront totalement interdites. La navigation et la plongée sous-marine y seront également proscrites afin de laisser la faune et la flore se développer sans perturbation.
Un trésor sous-marin à préserver
Cette décision s'appuie sur la découverte d'une présence importante d'herbiers de cymodocée, une plante marine essentielle à l'équilibre de l'écosystème. « Entre la Lanterne et le Paillon, on a découvert une présence de cymodocée assez exceptionnelle, malgré la pollution existante inhérente à toute ville », explique Aurore Asso, conseillère municipale en charge du projet.
La Pointe des sans-culottes et la grotte à corail
La seconde zone de protection se situera à l'est du Cap de Nice, au niveau de la pointe des sans-culottes. D'une superficie de 21 hectares, elle englobera près d'un kilomètre de côte et s'étendra également jusqu'à 300 mètres du rivage. Une annexe protégera spécifiquement la célèbre grotte à corail, un site prisé des plongeurs.
Les restrictions y seront similaires, mais avec une dérogation notable. La pêche professionnelle restera autorisée pour les membres des prud'homies de Nice et Villefranche, du 1er décembre au 31 juillet, sous des conditions strictes. L'usage d'engins de pêche dits « dormants » comme les filets, palangres et casiers sera encadré.
Concernant la grotte à corail, il sera interdit aux plongeurs de pénétrer dans la cavité, et leurs bateaux devront obligatoirement utiliser des bouées d'amarrage écologiques pour éviter d'endommager les fonds marins.
Un équilibre délicat entre protection et usages
L'élaboration de cette aire marine protégée est le fruit d'un long processus de concertation initié en 2023. La municipalité a cherché à trouver un compromis acceptable pour tous les acteurs de la mer : pêcheurs, plongeurs, entreprises nautiques et associations environnementales.
« Une AMP ne peut pas se faire sans l’accord de tous les acteurs de la mer, tous les usagers, il a fallu convaincre tout le monde. Il vaut mieux commencer petit, mais que ça soit bien accepté par tout le monde », insiste Aurore Asso.
Cette approche pragmatique explique pourquoi l'ensemble du littoral niçois n'est pas placé sous protection. La ville a préféré une démarche progressive, avec l'ambition d'étendre potentiellement le périmètre à l'avenir, une fois que les bénéfices de cette première étape seront démontrés et que la confiance sera établie.
Cette initiative locale s'inscrit dans un cadre national plus large. Le président de la République a fixé l'objectif de placer 14,8 % du territoire maritime français sous protection forte d'ici fin 2026, contre 4,8 % actuellement. L'AMP de Nice contribuera à l'atteinte de cet objectif.
La dérogation accordée aux pêcheurs professionnels au Cap de Nice illustre cette recherche de consensus. « Le cap de Nice, c’est l’unique partie rocheuse où les pêcheurs niçois peuvent trouver des poissons de roche, donc interdire la pêche là-bas toute l’année, c’était s’exposer à un véto catégorique de leur part », justifie la conseillère municipale. Le choix a donc été fait entre un compromis et l'absence totale de protection.
Réactions et inquiétudes des acteurs locaux
Si l'initiative est globalement saluée, le projet suscite des réactions variées, allant du soutien prudent à la critique constructive, en passant par de réelles inquiétudes professionnelles.
Les écologistes saluent mais restent vigilants
Le Collectif citoyen 06 reconnaît un ensemble de « mesures cohérentes et ambitieuses » mais regrette « une surface annoncée très faible » et « l’absence de continuité écologique entre les deux zones ». Le collectif critique également la dérogation de pêche accordée huit mois sur douze, qui pourrait, selon lui, atténuer l'« effet réserve » attendu.
Alexandre Meinesz, chercheur au laboratoire Ecoseas, se montre plus sévère, qualifiant le projet de « pseudo-réserve sans moyen de contrôle et sans ambition réelle de conservation ». Il estime que l'autorisation de la pêche une grande partie de l'année rend la protection « incohérente » avec le statut de zone de protection forte.
Les professionnels entre défense et préoccupation
Du côté des pêcheurs, Yvan Bester, premier prud’homme de Nice, tempère les critiques en assurant que seuls deux professionnels pêchent régulièrement dans ce secteur. Il met en avant la collaboration existante avec des associations de plongeurs pour récupérer les filets éventuellement perdus lors de tempêtes.
Les clubs de plongée, quant à eux, s'inquiètent des conséquences de l'interdiction d'ancrage. Stéphane Mulé, gérant du centre Nice Diving, souligne que l'activité de nombreux professionnels dépend de sites comme le tombant des Américains. « Si aucun de ces mouillages fixes n’est installé en juin et en quantité suffisante, nous ne pourrons plus plonger », alerte-t-il, jugeant cette perspective « inacceptable ».
Face à ces craintes, Aurore Asso se veut rassurante : « Il n’est pas question que les clubs mettent la clef sous la porte ou aillent plonger ailleurs. Une solution concertée sera trouvée. » Le déploiement de bouées d'ancrage écologiques est prévu, bien que leur nombre et leur calendrier d'installation restent à préciser.
Un enjeu pour la biodiversité niçoise
Au-delà des débats, l'objectif final de cette aire marine protégée est la restauration d'un patrimoine naturel précieux. La protection vise des habitats clés tels que les herbiers de posidonie, les pelouses de cymodocée, le coralligène et les roches infralittorales.
Ces écosystèmes sont de véritables nurseries pour de nombreuses espèces et jouent un rôle crucial dans la santé de la Méditerranée. En limitant les pressions humaines, les promoteurs du projet espèrent voir la vie marine se redévelopper, avec peut-être le retour d'espèces emblématiques qui ont donné leur nom à la baie des Anges, comme les anges de mer, ces requins plats aujourd'hui disparus de la zone.
Le succès de cette initiative dépendra non seulement de la pertinence des mesures adoptées, mais aussi des moyens qui seront alloués à leur surveillance et à leur application sur le terrain. L'adhésion de tous les usagers de la mer sera également déterminante pour transformer ce projet en une réussite écologique durable pour Nice.





