Le Carnaval de Nice, prévu du 11 février au 1er mars 2026, place une reine au cœur de ses festivités. Mais ce choix thématique soulève une question inédite qui agite la ville : qui sera sacrifié sur le bûcher final ? La tradition séculaire de l'incinération du Roi est aujourd'hui confrontée à un dilemme entre coutume, parité et élégance.
Alors que la municipalité semble pencher pour épargner la souveraine, le débat public est lancé. Cette décision pourrait redéfinir l'un des rituels les plus emblématiques du carnaval niçois pour les années à venir.
Points Clés
- Le thème du Carnaval de Nice 2026 est "Vive la Reine !", mettant une figure féminine à l'honneur.
- Une controverse entoure la traditionnelle incinération : faut-il brûler la Reine ou un Roi consort ?
- La mairie privilégie de brûler le Roi pour respecter la tradition et par "élégance".
- L'adjoint au maire, Graig Monetti, reconnaît l'hésitation autour de cette décision symbolique.
Un dilemme au cœur de la tradition
Chaque année, le Carnaval de Nice se conclut par un spectacle pyrotechnique spectaculaire sur la Promenade des Anglais. Au centre de cet événement, le Roi du Carnaval est brûlé, emportant symboliquement avec lui les soucis et les maux de l'année écoulée. C'est un rite de purification, un moyen de repartir sur de nouvelles bases.
Mais pour l'édition 2026, le thème "Vive la Reine !" change la donne. Pour la première fois, une figure féminine règne sur les festivités. La logique voudrait donc que ce soit elle qui subisse le sort traditionnellement réservé au monarque. Cependant, cette perspective ne fait pas l'unanimité.
La question divise les organisateurs et les habitants. Doit-on appliquer la tradition à la lettre, quel que soit le genre du souverain, ou faut-il l'adapter ?
La position de la municipalité
Face à ce débat, la municipalité de Nice, organisatrice de l'événement, a commencé à esquisser une réponse. La tendance actuelle serait de préserver la Reine des flammes et de créer un Roi consort spécifiquement pour le bûcher du 28 février.
Graig Monetti, adjoint au maire délégué à l'Événementiel, a exprimé la complexité de la décision. Il a admis avoir personnellement changé d'avis à de multiples reprises, illustrant les tensions entre les différentes options.
« J’ai déjà changé d’avis 25 fois ! »
L'argument principal avancé pour épargner la Reine est double. D'une part, il s'agit de rester fidèle à la coutume qui veut que ce soit un "Roi" qui soit brûlé. D'autre part, la mairie évoque un "geste d'élégance" envers la souveraine, suggérant qu'il serait déplacé de la faire périr par le feu.
Un rituel symbolique fort
L'incinération du Roi du Carnaval n'est pas un simple spectacle. Ce rituel, appelé "incinération de Sa Majesté Carnaval", est chargé de symboles. Le Roi représente les excès, les peurs et les aspects négatifs de l'année passée. En le brûlant, la population se libère collectivement de ce fardeau, marquant la fin de l'hiver et le début d'un nouveau cycle. Changer le protagoniste de ce rituel n'est donc pas une décision anodine.
Parité ou galanterie ? Le débat public
La proposition de la mairie a immédiatement suscité des réactions variées. Certains y voient une forme de galanterie désuète, tandis que d'autres s'interrogent sur la question de la parité.
À une époque où l'égalité entre les hommes et les femmes est un enjeu majeur, pourquoi une reine ne pourrait-elle pas assumer toutes les responsabilités de sa fonction, y compris les plus symboliques et funestes ? La femme moderne est forte et assume ses choix. L'idée qu'elle doive être protégée d'un rituel carnavalesque semble pour certains en décalage avec la réalité.
Un précédent historique
L'histoire de France offre un contrepoint saisissant à ce débat sur l'élégance. Le 16 octobre 1793, la reine Marie-Antoinette n'a bénéficié d'aucune galanterie lorsqu'elle a été guillotinée sur la place de la Révolution à Paris. Cet événement historique rappelle que le statut de reine n'a pas toujours été synonyme de protection.
Le débat est donc ouvert :
- Les traditionalistes : Ils soutiennent qu'il faut brûler un Roi, car c'est la coutume. Le genre du personnage principal de l'édition ne devrait pas altérer ce rituel final.
- Les partisans de la parité : Ils estiment que si une Reine est couronnée, elle doit assumer le rôle jusqu'au bout. La brûler serait le signe d'une véritable égalité, même dans le symbolique.
- Les pragmatiques : Ils suivent la proposition de la mairie, y voyant un compromis acceptable qui préserve la tradition tout en honorant la figure de la Reine.
Quelle que soit la décision finale, elle marquera un précédent. Le choix fait en 2026 pourrait bien influencer les futures éditions du Carnaval de Nice lorsque le thème mettra à nouveau une femme à l'honneur.
Quelles conséquences pour le Carnaval ?
Au-delà du symbole, la décision aura des implications concrètes pour les carnavaliers, ces artisans qui passent des mois à concevoir et construire les chars monumentaux. Un char pour un Roi consort devra être imaginé et fabriqué, en plus de celui de la Reine qui trônera lors des corsos.
Cette controverse, bien que centrée sur un détail des festivités, démontre la vitalité du Carnaval de Nice. Il ne s'agit pas d'un événement figé dans le temps, mais d'une tradition vivante qui s'adapte, dialogue et parfois se confronte aux évolutions de la société.
La réponse définitive sera probablement connue dans les semaines précédant le début des festivités. D'ici là, Niçois et amateurs du carnaval continueront de débattre pour savoir si, en 2026, il faudra crier "Vive la Reine !" ou "Au bûcher la Reine !".





