Sept ans après avoir été gravement blessée lors d'une manifestation des « gilets jaunes » à Nice, Geneviève Legay, aujourd'hui âgée de 80 ans, a de nouveau fait face au commissaire Rabah Souchi. Le procès en appel de ce dernier s'est tenu ce mercredi à Lyon, dans un climat décrit comme glacial par les personnes présentes.
Le commissaire, jugé pour avoir ordonné la charge policière de 2019, maintient sa ligne de défense initiale. La cour d'appel doit maintenant délibérer, avec une décision attendue pour le 29 juin 2026.
Les points clés de l'affaire
- Le procès en appel du commissaire Rabah Souchi s'est tenu à Lyon pour des faits survenus à Nice en 2019.
- Geneviève Legay, la victime, a témoigné et décrit un prévenu sans remords.
- Le parquet a requis la même peine qu'en première instance : six mois de prison avec sursis, sans inscription au casier judiciaire.
- La décision finale de la cour d'appel sera rendue le 29 juin 2026.
Une confrontation tendue au tribunal
L'ambiance dans la salle d'audience de la cour d'appel de Lyon était pesante ce mercredi 25 février. Geneviève Legay, militante niçoise, a assisté en tant que témoin au procès du commissaire Rabah Souchi. Elle a décrit une expérience « très éprouvante », marquée par l'absence totale de communication avec le prévenu.
« Son avocat, sa compagne et lui, j'étais face à trois murs. Il n’y a rien eu », a-t-elle confié. Selon elle, le commissaire est resté « stoïque, droit dans ses bottes », refusant d'admettre une quelconque faute dans la gestion de la manifestation non autorisée de 2019.
L'accusé a maintenu sa version des faits, évoquant la présence de « 200 hommes en noir » sur la place Garibaldi, une affirmation que Geneviève Legay qualifie de « complètement fausse ». Cette posture a profondément marqué la militante, qui a exprimé un sentiment de « honte et pitié pour lui ».
« L'avocate générale a essayé de le pousser pour qu'il exprime des remords, mais il est resté stoïque [...] il est incapable de dire qu'il a commis des fautes. »
La défense du commissaire reste inchangée
Rabah Souchi, aujourd'hui directeur adjoint de la police municipale de Nice, n'a pas dévié de sa ligne de défense. Son avocat, Maître Laurent-Franck Liénard, a affirmé que « rien ne peut lui être reproché ».
La défense concède tout au plus « un ton » qui aurait pu être « trop virulent » en raison de la pression de l'événement. Le commissaire a simplement noté que, vu son âge, Geneviève Legay « pourrait être sa mère », un commentaire qui n'a pas été perçu comme une expression de regret.
Face à cette défense, le parquet général a requis une confirmation de la peine prononcée en première instance. Il s'agit de six mois d'emprisonnement avec sursis, sans que cette condamnation ne soit inscrite à son casier judiciaire. La décision finale appartient désormais aux juges de la cour d'appel.
Des séquelles toujours présentes
Sept ans après les faits, Geneviève Legay, 80 ans, vit toujours avec les conséquences de sa blessure. Elle souffre d'une perte d'odorat, d'une diminution de 35 % de son audition et de troubles de l'équilibre qui ont durablement affecté son état de santé.
Un combat pour la jurisprudence
Au-delà de son cas personnel, Geneviève Legay espère que cette longue procédure judiciaire servira d'exemple. « Je souhaite que ces années de procédure fassent jurisprudence », a-t-elle déclaré. Son objectif est que sa lutte ouvre la voie à d'autres victimes de violences policières qui n'ont pas toujours l'opportunité d'obtenir un procès.
« Il y a beaucoup, beaucoup, de victimes qui n’ont pas le droit d’avoir un procès. Moi j’ai cette chance et j’ai du soutien », a-t-elle souligné, en remerciant les donateurs d'une cagnotte qui a couvert ses frais de justice.
L'« affaire Legay » dans la formation des policiers
Un fait notable est que cette affaire est devenue un cas d'étude dans les écoles de police. Selon la militante, les futurs agents des forces de l'ordre analysent l'« affaire Legay » pour discuter des notions d'usage proportionné de la force et des méthodes d'intervention face à des manifestants pacifiques.
Toujours « combattante », Geneviève Legay continue de porter son message. Elle a récemment participé à une conférence organisée par la Ligue des droits de l’Homme à Antibes, aux côtés de son avocat, Maître Arié Halimi. Le thème de la soirée était sans équivoque : « La force de la loi contre la loi de la force. »





