Chaque jour, une centaine d'agents du Groupe Sûreté Contrôle Transport (GSCT) de Lignes d’Azur parcourent le réseau de bus et de tramways niçois. Leur mission va bien au-delà de la simple vérification des titres de transport. Entre la lutte contre la fraude, la sécurisation des voyageurs et un rôle social inattendu, nous avons suivi ces professionnels au cœur de leur quotidien.
En 2024, leurs actions ont mené à 34 000 verbalisations, témoignant de l'ampleur d'un phénomène qui touche toutes les catégories de la population. Mais derrière les chiffres se cache une réalité humaine complexe, où chaque interaction est unique.
Les points clés
- Le réseau Lignes d’Azur contrôle 3,7 millions de voyageurs chaque année.
- En 2024, 34 000 amendes ont été dressées pour absence de titre de transport valide.
- Le montant d'une amende est de 60 euros si payée immédiatement, et passe à 110 euros ensuite.
- Les contrôleurs assurent également des missions de sécurisation et d'assistance aux personnes en difficulté.
La lutte contre la fraude, une mission stratégique
« Messieurs, dames, bonjour ! Nous allons procéder à la vérification de vos titres de transport. » Cette phrase, répétée inlassablement, marque le début de chaque contrôle. Pour déjouer les habitudes des fraudeurs, les équipes du GSCT opèrent de manière stratégique, en civil ou en uniforme, à des horaires et dans des lieux qui changent constamment.
« On détermine les zones et les horaires en fonction des remontées du terrain. Il faut toujours avoir un tour d’avance sur ceux qui essayent de prédire où on sera », explique Yann Mancuso, responsable du GSCT. Cette approche garantit que chaque ligne du réseau, qu'il s'agisse d'un bus ou d'un tramway, soit inspectée au moins une fois par an.
Lors d'une opération menée à Cagnes-sur-Mer en collaboration avec les polices nationale et municipale, l'efficacité de ces contrôles est palpable. Sur environ 400 passagers inspectés dans sept bus, 44 se sont vu infliger une amende. Cela représente un taux de fraude d'environ 10 % sur cette intervention spécifique.
Un recouvrement efficace
Le système de recouvrement des amendes est particulièrement performant. En cas de non-paiement dans les trois mois, le dossier est transmis au Trésor public, qui peut effectuer un prélèvement direct sur salaire. « Nous avons un très bon taux de recouvrement », confirme Yann Mancuso, soulignant que peu de contrevenants échappent à la sanction.
Le profil du fraudeur n'existe pas
L'une des observations les plus frappantes est l'absence de profil type parmi les personnes en infraction. Au cours d'une même opération, les agents peuvent verbaliser un jeune homme à peine majeur, un groupe d'amis agités, ou encore une dame âgée s'appuyant sur une canne.
Les réactions varient, allant de la résignation à la colère. « J’écrirai à qui de droit ! », lance une passagère verbalisée, tandis qu'un autre tente de justifier son oubli. Mais la politique de Lignes d'Azur est claire : la tolérance zéro est de mise. « C'est pas marrant, surtout que certains sont dans des situations difficiles. Mais on doit traiter tout le monde pareil », confie un agent.
« Je prends les transports tous les jours et je ne suis jamais contrôlée. Donc je préfère payer 60 euros d’amende que prendre un abonnement à 360 euros par an. »
Cette déclaration d'une passagère verbalisée en soirée sur la Promenade des Anglais illustre une forme de calcul chez certains usagers. Une attitude qui agace Yann Mancuso : « Elle a de la chance de passer entre les mailles du filet, car 3,7 millions de personnes sont contrôlées chaque année sur le réseau, à toute heure de la journée. »
Pas de prime à la verbalisation
Contrairement à d'autres réseaux de transport, les contrôleurs de Lignes d'Azur ne perçoivent aucune commission sur les amendes qu'ils distribuent. « On ne veut pas de ce système, ce ne serait pas très sain », précise la direction. Leurs objectifs sont qualitatifs et quantitatifs, basés sur le nombre de lignes et de voyageurs contrôlés, et non sur le montant des amendes récoltées.
L'ensemble des amendes représente tout de même un montant significatif. Sur la base de 34 000 verbalisations à 60 euros, les recettes dépassent les deux millions d'euros par an, compensant en partie le manque à gagner dû à la fraude.
Au-delà du contrôle, une présence humaine
Le travail des agents du GSCT ne se limite pas à la traque des resquilleurs. La brigade de nuit, créée en 2023, a pour mission principale de renforcer la sécurité sur le réseau après 18 heures. Leur présence est pensée pour être dissuasive et rassurante pour les voyageurs.
Lorsqu'ils interpellent une personne, les contrôleurs adoptent des postures qui visent à garantir la sécurité de tous. « On se met souvent au bord du quai, pour éviter que la personne tombe ou puisse être fauchée par une voiture. D’extérieur, on dirait qu’on met la pression et certains nous le reprochent », regrette Yann Mancuso.
Hermès : l'œil du réseau
Toutes les opérations sont coordonnées avec « Hermès », le poste de commandement central de Lignes d'Azur. Derrière un mur d'écrans, un opérateur a accès en temps réel aux caméras de surveillance de toutes les stations et de l'intérieur des véhicules. C'est ce centre névralgique qui peut dépêcher les forces de l'ordre ou les secours en cas d'incident.
Le rôle social des contrôleurs est souvent méconnu. Un soir, lors d'un contrôle, une situation particulièrement délicate survient. Un adolescent de 16 ans, contrôlé sans billet, apparaît en état de choc. Une fois sur le quai, il s'effondre en larmes, évoquant le décès de sa mère et tenant des propos suicidaires.
Face à cette détresse, la verbalisation devient secondaire. Les agents ne le laissent pas seul. « Si on le laisse comme ça et qu’il lui arrive quelque chose, on va s’en vouloir », admet l'un d'eux. Ils contactent immédiatement le poste de sécurité Hermès, qui alerte les pompiers et la police. Le jeune homme est pris en charge et mis en sécurité.
Cet événement rappelle que derrière l'uniforme se trouvent des hommes et des femmes confrontés à la complexité des situations humaines. Leur métier exige non seulement de la rigueur, mais aussi une grande capacité d'écoute et de discernement pour gérer des situations qui dépassent largement le cadre d'un simple ticket de transport.





