Face à la détresse des habitants des quartiers Est de Nice, le maire Christian Estrosi a annoncé la création immédiate d'une brigade municipale anti-stupéfiants. Cette décision intervient lors d'une visite tendue dans les résidences Roquebillière, où les résidents ont exprimé leur exaspération face à l'insécurité et à la dégradation de leurs conditions de vie.
Points Clés
- Création d'une nouvelle brigade municipale dédiée à la lutte contre le trafic de drogue.
- Christian Estrosi accuse l'État de ne pas assumer ses responsabilités en matière de sécurité.
- Les habitants de Roquebillière dénoncent l'insécurité, l'insalubrité et les pannes de chauffage.
- Des investissements de plusieurs centaines de millions d'euros sont prévus pour la rénovation des logements sociaux.
Une soirée sous tension à Nice Est
L'atmosphère était lourde ce mardi soir dans les résidences Roquebillière. Accompagné de son premier adjoint Anthony Borré et de la directrice de la police municipale, Christian Estrosi a assisté à une opération de sécurisation menée conjointement par ses agents et la brigade Gaida, le groupement de sécurité des bailleurs sociaux.
À peine arrivé, le maire a été interpellé par des résidents à bout. « Monsieur le maire, on n’a pas de chauffage, on meurt de froid », lance un homme âgé. Un autre couple se plaint des garages, transformés en « squats de toxicomanes ». Les témoignages décrivent un quotidien marqué par la peur, la saleté et la présence constante du trafic de drogue.
Un quartier marqué par la violence
Le quartier de Nice Est a été le théâtre de plusieurs règlements de comptes ces derniers mois. En août 2024, un homme a été abattu de treize balles. En février 2025, un guetteur a été tué pour un contrat estimé à 2 000 euros. Ces événements violents, parfois en plein jour, alimentent un sentiment d'abandon chez une majorité d'habitants qui aspirent à la tranquillité.
« Nous sommes seuls » : le maire charge l'État
C'est dans une cage d'escalier insalubre, au milieu des murs tagués et des portes abîmées, que Christian Estrosi a pris la parole. Il a d'abord défendu son action, affirmant que les moyens déployés par la ville ont permis d'éviter que la situation ne devienne similaire à celle de Marseille.
Il a ensuite vivement critiqué l'inaction du gouvernement. « Avez-vous déjà vu la police nationale protéger, renforcer la brigade Gaida et notre police municipale ? Nous sommes seuls ! », a-t-il déclaré. Le maire a souligné que la sécurité est une compétence régalienne qui, selon lui, n'est pas assumée.
« Je réclame que l’État prenne la mesure de ce qui se passe. L’État devrait ramener la paix civile dans des territoires que je ne veux pas laisser comme des territoires perdus de la République. »
Pour Christian Estrosi, le manque d'effectifs de la police nationale est criant. Il a rappelé qu'il manquerait 255 policiers nationaux rien que pour la ville de Nice, rendant illusoire l'ouverture d'un commissariat de quartier sans un engagement fort de l'État.
Une nouvelle brigade pour « harceler les dealers »
Face à ce qu'il qualifie de défaillance de l'État, le maire de Nice a fait une annonce majeure : la création « immédiate » d'une brigade municipale anti-stupéfiants.
Cette unité spécialisée sera composée de plusieurs dizaines d'agents de la police municipale. Sa mission sera claire : « aller harceler les dealers ». La brigade sera mise directement à la disposition du procureur de la République pour mener des actions ciblées contre les points de deal qui gangrènent les quartiers.
La nouvelle brigade anti-stups en bref
- Composition : Plusieurs dizaines de policiers municipaux.
- Mission : Lutter contre le trafic de stupéfiants et démanteler les points de deal.
- Fonctionnement : Placée sous l'autorité du procureur de la République pour mener des opérations judiciaires.
La rénovation urbaine comme réponse de fond
Au-delà de la réponse sécuritaire, les élus ont insisté sur les efforts d'investissement dans la rénovation des quartiers. Christian Estrosi a rappelé que 600 millions d'euros ont été engagés, notamment autour de l'arrivée du tramway, citant en exemple les chantiers de démolition déjà entamés aux Moulins et aux Liserons.
Anthony Borré, également président du bailleur social Côte d’Azur Habitat, a précisé les chiffres. « 330 millions d'euros sont investis par notre organisme pour refaire 40 % des résidences départementales sur dix ans », a-t-il affirmé. Il a toutefois déploré que ces efforts soient freinés par des coupes budgétaires de l'État, estimées à six millions d'euros par an pour les bailleurs sociaux.
Malgré ce tableau sombre, le maire a tenu à nuancer. « Quand je compare l’état de la ville de Nice à l’état de la ville de Marseille, de Nantes, de Strasbourg, cela veut dire que nos initiatives portent leurs fruits », a-t-il conclu, réaffirmant sa détermination à agir avec les moyens dont il dispose.





