Le tribunal correctionnel de Nice a rendu son jugement dans une affaire complexe mêlant un prétendu enlèvement sur l'avenue de la Californie et un réseau de blanchiment d'argent à l'échelle européenne. Quatre hommes ont été condamnés pour blanchiment, mais relaxés des accusations de séquestration, mettant en lumière les rouages d'une économie souterraine.
L'affaire, jugée ce mardi 25 novembre, a révélé un scénario où la victime présumée de l'enlèvement était en réalité un acteur clé d'un système de transport de fonds illicites. Le tribunal a condamné les prévenus à des peines allant jusqu'à quatre ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende.
Les points clés de l'affaire
- Quatre hommes ont été jugés pour blanchiment d'argent et séquestration à Nice.
- Le tribunal les a déclarés coupables de blanchiment mais les a relaxés pour l'enlèvement.
- L'enquête a débuté après le signalement d'un enlèvement avec demande de rançon en juin 2022.
- La "victime" était en fait un transporteur de fonds qui avait perdu 120 000 euros.
- Les peines prononcées incluent jusqu'à 4 ans de prison et une interdiction du territoire français pour trois des accusés.
Un enlèvement mis en scène
Tout commence en juin 2022. Une femme se présente, paniquée, dans un commissariat de Marseille. Elle explique que son mari, Mohamed Ali Charaabi, est retenu en otage dans un appartement au 272 avenue de la Californie, à Nice. Pour appuyer ses dires, elle présente une photo reçue sur son téléphone : son mari, une arme pointée sur la tempe.
Les ravisseurs exigent une rançon et leurs menaces sont explicites. « On va lui couper les doigts et les envoyer un par un », préviennent-ils si l'argent n'est pas versé. La Brigade de Recherche et d'Intervention (BRI) de Nice est immédiatement mobilisée et met en place une surveillance discrète de l'immeuble.
Les doutes des enquêteurs
Cependant, les observations des policiers sur place sèment rapidement le doute. Loin de l'image d'un otage terrifié, Mohamed Ali Charaabi est aperçu au balcon de l'appartement. Le procureur Fabien Cézanne a souligné lors de l'audience un détail troublant du rapport de police : la prétendue victime semblait « fumant et détendu ». Cet élément a constitué un tournant dans l'enquête, orientant les soupçons vers une possible mise en scène.
Le rôle de la BRI
La Brigade de Recherche et d'Intervention est une unité d'élite de la police nationale française spécialisée dans les interventions à haut risque, comme les prises d'otages et les interpellations d'individus dangereux. Son intervention rapide a été cruciale pour éclaircir la situation.
La piste du blanchiment d'argent
L'interrogatoire des suspects a permis de lever le voile sur les véritables enjeux de cette affaire. Le président du tribunal, Christian Legay, a confronté Mohamed Ali Charaabi à son rôle de convoyeur de fonds pour un réseau criminel. « Vous transportiez des sommes très élevées en Espagne, en Italie et ailleurs en Europe », a-t-il rappelé.
Pour chaque voyage, Charaabi percevait entre 3 000 et 4 000 euros pour transporter des montants avoisinant les 100 000 euros. Le mobile de la fausse séquestration est alors apparu clairement : une dette à rembourser. Lors de son dernier voyage à Rome, 120 000 euros en espèces avaient disparu de son véhicule. L'enlèvement simulé et la demande de rançon semblaient être une tentative désespérée pour compenser cette perte considérable.
« Ce dossier est un fragment de l’économie souterraine, une criminalité silencieuse qui circule entre l'Italie, les Pays-Bas et l'Espagne. »
Un réseau aux ramifications européennes
Le ministère public a insisté sur le fait que cette affaire n'était que la partie visible d'un iceberg. L'argent transporté, prétendument destiné à financer un mariage ou une greffe de cheveux selon les déclarations fluctuantes des accusés, servait en réalité à alimenter des activités illicites. Les pays mentionnés – Italie, Espagne, Pays-Bas – sont connus pour être des plaques tournantes du trafic de stupéfiants en Europe.
Le verdict du tribunal
Le tribunal a finalement suivi les réquisitions du procureur. Les quatre prévenus ont été relaxés pour les faits d'arrestation, enlèvement et séquestration. En revanche, ils ont tous été reconnus coupables de blanchiment d'argent.
- Peines de prison : Jusqu'à 4 ans d'emprisonnement ferme.
- Amende : Jusqu'à 100 000 euros.
- Mesure complémentaire : Interdiction définitive du territoire français pour trois des condamnés.
Malgré les dénégations de certains prévenus, comme Ben Fredj qui niait tout lien avec les autres accusés, et les arguments de la défense soulignant la stabilité familiale et professionnelle de M. Charaabi, le tribunal a estimé que les preuves de leur participation au réseau de blanchiment étaient suffisantes. Cette décision envoie un signal fort contre une forme de criminalité organisée qui opère souvent loin des regards.





