Un important réseau de trafic de stupéfiants, qui utilisait des technologies modernes comme les cryptomonnaies et des messageries cryptées pour ses opérations, a été démantelé dans les Alpes-Maritimes. Sept personnes ont été jugées par le tribunal correctionnel de Grasse, la tête du réseau écopant d'une peine de neuf ans de prison ferme.
L'essentiel de l'affaire
- Un réseau de drogue opérant dans les Alpes-Maritimes a été démantelé.
- Sept personnes ont été condamnées, dont le chef du réseau à neuf ans de prison.
- Le trafic s'appuyait sur Telegram pour les commandes et le Bitcoin pour les paiements.
- L'enquête a débuté en décembre 2022 suite à une affaire d'extorsion violente.
Une enquête déclenchée par une agression
L'affaire a débuté le 5 décembre 2022, bien loin des circuits habituels de la lutte anti-drogue. Les enquêteurs de la brigade de recherches de Cannes ont été saisis d'une affaire d'extorsion violente commise à La Roquette-sur-Siagne.
La victime était une jeune femme qui, au fil des investigations, s'est révélée être elle-même impliquée dans le trafic. Cet événement a servi de point de départ pour remonter une organisation criminelle complexe et très structurée.
Placée sous l'autorité d'un juge d'instruction, l'enquête a nécessité de longs mois de travail minutieux pour dénouer les fils d'un réseau qui avait pris soin de brouiller les pistes.
Un modèle économique à la pointe de la technologie
Le réseau se distinguait par son mode opératoire sophistiqué, combinant des méthodes traditionnelles et des outils numériques pour maximiser ses profits et minimiser les risques. L'organisation reposait sur deux piliers principaux.
Vente en ligne et livraisons postales
Le premier volet du trafic était entièrement numérique. Les trafiquants utilisaient des canaux sur l'application de messagerie Telegram pour diffuser des "menus" détaillant les variétés de cannabis disponibles et leurs tarifs. Les clients pouvaient passer commande et échanger avec les vendeurs via des applications sécurisées.
Paiements intraçables
Pour sécuriser les transactions financières, le réseau n'acceptait que des paiements par virement bancaire ou en Bitcoins, rendant le suivi des flux d'argent particulièrement ardu pour les forces de l'ordre. Les livraisons étaient ensuite assurées par voie postale, non seulement sur l'ensemble du territoire français mais aussi à l'étranger.
Points de vente physiques et recrutement
En parallèle de ses activités en ligne, le réseau maintenait des points de vente physiques, appelés "meet up". Le chef du réseau gérait personnellement les commandes et le recrutement des vendeurs, surnommés les "workers".
"L'organisation était particulièrement bien organisée", a précisé le parquet de Grasse, soulignant la complexité du démantèlement.
Pour intégrer le réseau, les nouvelles recrues devaient prouver leur engagement en achetant un stock de départ d'au moins deux à trois kilogrammes de stupéfiants. Ils étaient ensuite chargés du conditionnement et des livraisons locales.
Des arrestations en plusieurs vagues
La première interpellation majeure a eu lieu les 7 et 8 novembre 2023. Le chef du réseau, un homme originaire de Cannes, a été arrêté au volant de son véhicule en compagnie d'un complice. Tous deux ont été immédiatement placés en détention provisoire.
Tentatives d'obstruction à la justice
L'enquête a révélé que même après l'incarcération du leader, le réseau a tenté de survivre. Des contacts avec des tiers ont montré des tentatives de destruction de preuves et de dissimulation de biens acquis illégalement. Cela a conduit à de nouvelles opérations d'interpellation entre le 28 mars et le 16 avril 2024, visant cette fois les faits de blanchiment.
Au total, sept personnes ont été mises en cause dans ce dossier : cinq hommes âgés de 23 à 54 ans et deux femmes de 28 et 49 ans.
Des peines sévères prononcées
Le procès s'est tenu les 13 et 14 janvier 2026 devant le tribunal correctionnel de Grasse. Après deux jours d'audience, des peines significatives ont été prononcées.
Le chef du réseau a été condamné à neuf ans d'emprisonnement et à une amende de 20 000 euros. Les chefs d'accusation retenus contre lui étaient nombreux : détention, offre, transport, acquisition et exportation de stupéfiants en état de récidive légale, complicité de blanchiment et extorsion avec violences.
Les six autres prévenus ont été condamnés à des peines allant de quatre ans d'emprisonnement, dont une partie avec sursis, à six mois d'emprisonnement avec sursis. De lourdes amendes ont également été infligées.
Lors des perquisitions, les enquêteurs ont saisi de nombreux biens, témoignant de l'ampleur du trafic :
- De l'argent en numéraire
- Des moyens de paiement divers
- Un grand nombre d'appareils multimédias
- Des accessoires et de la maroquinerie de luxe
- Un scooter T-MAX
- Des avoirs en Bitcoins (BTC)
Cette affaire met en lumière l'évolution des réseaux criminels, qui adoptent désormais des technologies avancées pour tenter d'échapper à la justice.





