Au tribunal correctionnel de Digne-les-Bains, une affaire peu commune a mis en lumière la détresse d'un homme sans domicile fixe de 32 ans. Condamné pour évasion, il a délibérément commis ce délit dans le seul but de retourner derrière les barreaux, considérant la prison comme un refuge plus sûr que la rue.
Points Clés
- Un homme de 32 ans a été condamné à trois mois de prison ferme pour évasion.
- Il a intentionnellement manqué à ses obligations de semi-liberté pour être réincarcéré.
- Il voit la prison comme un cadre sécurisant offrant un toit et des repas chauds.
- Son parcours illustre les défis de la réinsertion pour les personnes en grande précarité.
Un retour en prison délibéré
L'affaire jugée récemment au tribunal de Digne-les-Bains sort de l'ordinaire. Un homme, que nous appellerons JV, a été reconnu coupable d'évasion. Cependant, son acte n'était pas une tentative de fuir la justice, mais plutôt un appel pour y retourner.
Le 16 décembre 2025, un juge d'application des peines lui avait accordé un régime de semi-liberté, une mesure préparant sa libération complète prévue pour mars 2026. Mais JV ne voulait pas de cette liberté anticipée. Il devait se présenter à la maison d'arrêt de Nice le lendemain, une obligation qu'il a volontairement ignorée.
Qu'est-ce que la semi-liberté ?
La semi-liberté est un aménagement de peine qui permet à un détenu de quitter l'établissement pénitentiaire pendant la journée pour travailler, suivre une formation ou recevoir des soins, avec l'obligation de réintégrer sa cellule le soir. C'est une étape conçue pour favoriser une réinsertion progressive dans la société.
Son absence a été immédiatement qualifiée d'évasion, le ramenant devant les juges. L'objectif de JV était clair : obtenir une nouvelle condamnation pour rester en détention.
Le profil d'un homme en rupture
À seulement 32 ans, le parcours de JV est marqué par une succession de ruptures. Né de père inconnu et abandonné par sa mère, il a été confié à un oncle durant son enfance. Depuis une décennie, il vit dans la rue, une existence qu'il qualifie lui-même d'« Indiana Jones », faite de précarité, de violence et de dépendances à l'alcool et aux drogues.
« Ici, je n'ai pas de famille, pas d'amis, pas de travail », a-t-il expliqué au tribunal. Son seul compagnon de vie est son chien, qui veille sur lui la nuit. Cette solitude profonde est au cœur de son incapacité à se projeter dans un avenir hors des murs de la prison.
Le seul lien affectif que JV mentionne est son fils, placé en famille d'accueil depuis l'âge de trois mois. Il a été déchu de son autorité parentale, et l'espoir de le revoir un jour semble être son unique motivation, bien que lointaine.
Il reconnaît lui-même le cycle destructeur dans lequel il est piégé : « Lorsque je suis bourré, je fais des conneries », a-t-il admis, illustrant la difficulté pour lui de maintenir un cap sans un cadre extérieur strict.
La prison comme seul refuge
Lors de l'audience, la magistrate du parquet, Malinka Eymond, a rapidement saisi la logique paradoxale du prévenu. « Vous l'avez fait exprès pour être réincarcéré à Digne », a-t-elle affirmé.
« Vous êtes bien en prison, pour vous c'est un cadre, un toit et surtout un repas chaud ? »
La question de la procureure a mis en évidence une réalité poignante : pour certains individus marginalisés, la détention offre une stabilité et une sécurité matérielle que la vie à l'extérieur ne garantit pas. Le repas chaud, le lit, la routine quotidienne deviennent des repères essentiels face au chaos de la rue, surtout en période hivernale.
La magistrate a tenté de lui montrer que la semi-liberté aurait pu être une opportunité pour trouver un emploi et reconstruire sa vie. Mais pour JV, cette perspective semblait trop lointaine et inaccessible.
Une défense face à l'auto-sabotage
Son avocate commise d'office, Fanny Charlent, a dépeint le portrait d'un homme qui « se saborde dès qu'une solution se présente à lui ». Elle a souligné la souffrance liée à l'absence de son fils comme un facteur aggravant son désespoir.
L'avocate a plaidé pour une approche qui lui permettrait de « s'insérer », mais face à la volonté explicite de son client de retourner en prison, la marge de manœuvre était limitée.
Finalement, le tribunal a accédé à sa demande implicite. Reconnu coupable d'évasion, JV a été condamné à trois mois de prison ferme avec maintien en détention. En sortant de la salle d'audience, il a obtenu ce qu'il était venu chercher : la certitude de passer l'hiver au chaud, dans sa cellule de la prison de Digne.
Cette histoire, bien que singulière, soulève des questions plus larges sur l'efficacité des dispositifs de réinsertion et sur l'isolement extrême vécu par une partie de la population qui ne trouve plus sa place dans la société.





