Une opération policière d'envergure a permis de démanteler un important réseau de blanchiment d'argent à Nice. Plus d'une dizaine de personnes, dont trois frères et plusieurs entrepreneurs du BTP, ont été placées en garde à vue. Le système reposait sur un réseau de commerces locaux, notamment des salons de coiffure et de beauté, qui servaient de façade pour recycler de l'argent liquide.
L'enquête, menée depuis plusieurs mois, a révélé des activités de travail dissimulé et d'aide à l'entrée de personnes en situation irrégulière, le tout en bande organisée. Le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, a confirmé les interpellations et la nature des faits reprochés.
L'essentiel de l'affaire
- Plus de dix personnes interpellées et placées en garde à vue, dont trois frères considérés comme les têtes du réseau.
- Un système de blanchiment s'appuyant sur une dizaine de commerces à Nice (salons de coiffure, bars à chicha, instituts de beauté).
- Les accusations portent sur le travail dissimulé, l'aide à l'immigration irrégulière et le blanchiment en bande organisée.
- Des dizaines de milliers d'euros, un véhicule et un scooter ont été saisis lors des perquisitions.
Opération coup de poing en plein centre-ville
L'intervention s'est déroulée mardi en début d'après-midi, notamment dans la rue de France, une artère commerçante de Nice. Des témoins sur place ont rapporté avoir vu des policiers en civil, certains portant des brassards de la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs), investir plusieurs locaux commerciaux.
Le principal établissement visé, un salon de coiffure nommé « L’Artisto » situé au 75 rue de France, a été entièrement perquisitionné. Un salon de beauté voisin et un local en travaux, destiné à devenir un bar à chicha, ont également été ciblés. L'un des propriétaires a été menotté et emmené par les forces de l'ordre sous les yeux des passants et des commerçants voisins.
L'opération a mobilisé plusieurs services, dont la Police aux frontières (PAF), la police judiciaire et des agents de l'Urssaf, sous la coordination du Comité départemental opérationnel anti-fraude (Codaf).
Une « usine à cash » bien rodée
Au cœur du système se trouvait le salon de coiffure, décrit par les commerçants du quartier comme une véritable plaque tournante. « Ils étaient ouverts du matin jusqu’à 21 heures, parfois plus, et sept jours sur sept », confie une voisine. L'établissement ne désemplissait jamais, attirant une clientèle nombreuse grâce à des tarifs très compétitifs.
Selon les premiers éléments de l'enquête, cette forte activité permettait de générer d'importantes sommes d'argent en liquide. Les salariés étaient pour la plupart en situation irrégulière, constituant une main-d'œuvre à bas coût et non déclarée. Les paiements se faisaient quasi exclusivement en espèces, facilitant ainsi le blanchiment des fonds.
Le mode opératoire
Le réseau utilisait une méthode classique mais efficace : injecter de l'argent d'origine illicite dans le chiffre d'affaires légal de commerces à forte circulation de liquidités. Les tarifs bas attiraient les clients, augmentant le volume de transactions et rendant le flux d'argent plus difficile à tracer.
Le procureur de la République, Damien Martinelli, a confirmé que les suspects sont poursuivis pour « travail dissimulé en bande organisée, aide à l’entrée de personnes en situation irrégulière en bande organisée et blanchiment en bande organisée ».
Une expansion rapide et agressive
L'argent généré par ce système aurait permis aux frères à la tête du réseau de se lancer dans une véritable stratégie d'expansion immobilière et commerciale. Selon le procureur, plus d'une dizaine de commerces auraient été acquis par le réseau, incluant des salons de coiffure, des instituts de beauté, des « barber shops » et des bars à chicha.
Plusieurs commerçants du quartier de la rue de France ont indiqué avoir été approchés par les suspects avec des offres de rachat pour leurs fonds de commerce.
« Il est venu me proposer de racheter mon affaire, avec une grosse partie du paiement en liquide », témoigne l'un d'eux.
Un autre raconte une scène similaire : « Il sentait que mes affaires n'allaient pas fort et il m'a fait une proposition avec du cash aussi. » Cette stratégie leur permettait d'étendre rapidement leur emprise, en visant des commerçants en difficulté et en utilisant de l'argent liquide pour conclure les transactions discrètement.
Le réseau ne se limitait pas à la rue de France. Des acquisitions auraient également eu lieu sur le boulevard François-Grosso et dans le quartier Saint-Philippe.
L'étau se resserre
L'enquête, qualifiée de « longue haleine », a mobilisé d'importants moyens de surveillance. Ces derniers jours, des policiers en civil avaient été aperçus en planque dans le quartier, observant attentivement les allées et venues et les activités des commerces suspects.
Le rôle du CODAF
Le Comité Opérationnel Départemental Anti-Fraude (CODAF) est une instance qui réunit sous l'autorité du préfet et du procureur de la République les services de l'État (police, gendarmerie, services fiscaux, douanes, inspection du travail) et les organismes de protection sociale (Urssaf, Pôle emploi, etc.). Son objectif est de coordonner la lutte contre toutes les formes de fraude, notamment le travail illégal et les escroqueries sociales et fiscales.
Les gardes à vue des suspects, qui ont débuté mardi, pourraient durer jusqu'à 76 heures. Ils devraient être présentés à un juge ce vendredi en vue d'une éventuelle mise en examen. Le procureur de la République a indiqué qu'il communiquerait davantage d'informations sur l'affaire à l'issue des gardes à vue.





