Le secteur de l'habillement en France traverse une crise profonde. Entre 2019 et la fin de l'année 2025, près d'un magasin de mode sur cinq aura baissé le rideau, modifiant durablement le visage des centres-villes à travers le pays. Cette tendance alarmante s'explique par une combinaison de faillites et de réorientations stratégiques des grandes enseignes.
Cette transformation du paysage commercial révèle un double mouvement : une désertion des cœurs de ville au profit de zones périphériques plus vastes et moins coûteuses. Si certaines métropoles souffrent particulièrement, d'autres, comme Nice, semblent tirer leur épingle du jeu.
Les points clés
- Près de 20% des magasins de mode auront fermé en France entre 2019 et fin 2025.
- Les centres-villes et centres commerciaux sont les plus touchés par ces fermetures.
- La moitié des fermetures est due à des liquidations, l'autre à des décisions stratégiques des enseignes.
- Les marques privilégient désormais de plus grandes surfaces en périphérie, où les loyers sont plus bas.
- La situation varie fortement d'une ville à l'autre : Grenoble est en forte baisse, tandis que Nice connaît une croissance.
Une crise qui redessine les rues commerçantes
Le constat est sans appel et visible dans de nombreuses communes françaises : les vitrines vides se multiplient. Selon les données de l'Alliance du commerce, le nombre de points de vente des grandes enseignes de l'habillement devrait chuter de près de 20% en seulement six ans.
Cette vague de fermetures n'est pas uniforme. Elle frappe principalement les artères commerçantes historiques des centres-villes, ainsi que les galeries des centres commerciaux traditionnels. Le phénomène est si marqué que le taux de vacance commerciale, tous secteurs confondus, a presque doublé en quinze ans, passant de 6% à près de 12%.
« L’attractivité des centres-villes aujourd’hui se dégrade et la vacance commerciale continue de progresser », a alerté Bernard Cherqui, président de l'Alliance du commerce, soulignant un risque de « décommercialisation » pour certaines agglomérations.
Les raisons de cette hémorragie sont doubles. D'une part, les liquidations et redressements judiciaires qui ont secoué le secteur du prêt-à-porter de milieu de gamme expliquent environ la moitié des disparitions. D'autre part, les enseignes restantes adoptent une stratégie de rationalisation, fermant plus de boutiques qu'elles n'en ouvrent pour maîtriser leurs coûts.
Le grand déplacement vers la périphérie
Derrière la baisse du nombre de magasins se cache une autre réalité, plus surprenante. Alors que le nombre de boutiques a fondu de près de 20%, la surface de vente globale du secteur n'a diminué que de 5% sur la même période. Ce paradoxe révèle un changement de modèle économique majeur.
Les marques délaissent les petites boutiques de centre-ville, souvent coûteuses en loyer et en personnel, pour investir dans des magasins beaucoup plus grands situés dans les zones d'activités commerciales en périphérie. Ces nouveaux formats leur permettent de présenter une offre plus large et de bénéficier de loyers plus attractifs.
Un chiffre à retenir
-20% : C'est la baisse estimée du nombre de magasins de mode en France entre 2019 et fin 2025. Dans le même temps, la surface commerciale totale du secteur ne recule que de 5%, illustrant le transfert vers des points de vente plus grands en périphérie.
Ce mouvement stratégique contribue à vider les cœurs de ville de leurs commerces de mode, qui étaient autrefois des locomotives d'attractivité. La dynamique commerciale se déplace ainsi vers l'extérieur des agglomérations, posant de nouvelles questions en matière d'urbanisme et de mobilité.
Des fortunes diverses selon les villes
L'impact de cette crise n'est pas le même sur tout le territoire. Certaines villes subissent la situation de plein fouet, tandis que d'autres affichent une résilience inattendue. Les dynamiques locales jouent un rôle crucial dans la capacité d'une ville à maintenir son attractivité commerciale.
Grenoble est l'exemple le plus frappant de cette tendance négative, avec une chute prévue de 14,6% de son parc de magasins entre 2022 et 2025. À l'opposé du spectre, Nice se distingue par une performance remarquable, affichant une croissance de 13,9% sur la même période. Paris, quant à elle, a profité d'un « effet Jeux olympiques » qui a permis de stabiliser son offre commerciale avec une légère hausse de 1,4%.
Le cas particulier de Nice
L'attractivité de Nice contraste fortement avec la tendance nationale. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette exception, notamment un fort dynamisme touristique, une politique locale volontariste en matière de commerce et une démographie favorable. La ville semble réussir à conserver un tissu commercial dense et attractif en centre-ville, à contre-courant de la crise sectorielle.
Un secteur de l'habillement à deux vitesses
Au-delà des disparités géographiques, la crise ne touche pas tous les segments du marché de la même manière. Le chiffre d'affaires global du secteur de l'habillement a reculé de 1,9% en 2025. Cependant, cette moyenne masque des évolutions très différentes.
Le prêt-à-porter féminin apparaît comme le moteur du marché. Il enregistre une croissance de 2,6% en 2025 et de 6,6% depuis 2022, montrant une forte résilience. En revanche, d'autres segments sont en grande difficulté.
- Le textile masculin : En baisse continue sur un an et sur trois ans.
- La chaussure : Connaît également un recul constant de son activité.
Cette fragmentation du marché indique que les habitudes de consommation évoluent. Les enseignes qui parviennent à capter les attentes de la clientèle féminine s'en sortent mieux, tandis que les acteurs positionnés sur des marchés plus traditionnels ou concurrentiels peinent à maintenir leur activité. La transformation du commerce de mode est donc loin d'être terminée et continuera de remodeler nos villes dans les années à venir.





