L'ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de voyageurs en France, initiée il y a plusieurs années, commence à transformer le paysage du rail. Les nouveaux opérateurs, regroupés au sein de l'Association française du Rail (AFRA), dressent un premier bilan positif, marqué par une offre élargie et une fréquentation en hausse, tout en pointant les obstacles qui freinent encore une compétition équitable face à l'opérateur historique, la SNCF.
L'année 2025 est perçue comme un tournant majeur, avec une majorité des services désormais ouverts à la compétition. Sur des lignes emblématiques comme l'axe Nice-Toulon-Marseille, les effets sont déjà visibles pour les usagers, mais des questions structurelles sur l'accès aux infrastructures critiques restent en suspens.
Points Clés
- L'ouverture à la concurrence du rail montre des résultats positifs : plus de trains, plus de voyageurs et des tarifs potentiellement plus bas.
- La ligne régionale Nice-Toulon-Marseille, désormais opérée par Transdev, a vu sa fréquence de trains doubler.
- Les nouveaux opérateurs dénoncent un accès difficile à des infrastructures clés (centres de test, ingénierie) encore contrôlées par la SNCF.
- L'homologation du matériel roulant prendrait deux fois plus de temps en France qu'en Espagne, ralentissant l'arrivée de nouveaux acteurs.
2025 : une année charnière pour le rail français
L'Association française du Rail (AFRA) qualifie l'année 2025 d'« historique ». Pour la première fois, la concurrence n'est plus limitée au fret ou à quelques lignes à grande vitesse, mais s'étend à la majorité des services ferroviaires de voyageurs, notamment les très importants réseaux régionaux (TER).
Cette nouvelle ère est le fruit d'une libéralisation progressive du marché. Selon les concurrents de la SNCF, les promesses de cette réforme commencent à se concrétiser. Solène Garcin-Berson, déléguée générale de l'AFRA, a souligné lors d'une récente conférence de presse les bénéfices observés.
« Nous constatons que les bénéfices qu’on attendait de l’ouverture à la concurrence se sont matérialisés, avec une augmentation de l’offre, de la fréquentation, de la qualité de service et un effet baissier sur les tarifs des lignes soumises à la concurrence », a-t-elle déclaré.
Ces premiers résultats valident, selon l'association, la pertinence de la démarche engagée pour dynamiser le transport ferroviaire et offrir plus de choix aux voyageurs.
Un long processus de libéralisation
L'ouverture du marché ferroviaire en France s'est faite par étapes. Le fret a été le premier secteur concerné il y a plus de vingt ans. Pour les voyageurs, Trenitalia a été le premier concurrent à se lancer sur la ligne à grande vitesse Paris-Lyon en 2021. L'année 2025 marque une accélération décisive avec l'entrée en jeu de nouveaux acteurs sur les lignes régionales, suite à des appels d'offres lancés par les Régions.
L'exemple concret de la ligne Nice-Marseille
Pour illustrer ce changement, les opérateurs mettent en avant le cas de la ligne régionale qui relie Nice, Toulon et Marseille. À l'issue d'un appel d'offres, c'est l'opérateur Transdev qui a remporté le contrat, remplaçant ainsi la SNCF sur cet axe stratégique de la région Sud.
Les améliorations pour les usagers ont été immédiates et quantifiables. Les fréquences ont été considérablement augmentées, offrant une meilleure flexibilité aux voyageurs quotidiens et occasionnels.
Claude Steinmetz, président de la commission Voyageurs de l’AFRA et dirigeant de Transdev Rail, a précisé : « Les fréquences ont doublé, nous avons 14 aller-retour par jour et 16 le week-end ». Ce renforcement de la desserte a logiquement entraîné une hausse de la fréquentation.
Cette ligne sert de vitrine pour les partisans de la concurrence, démontrant qu'un nouvel opérateur peut non seulement maintenir mais aussi améliorer significativement un service existant, stimulant ainsi l'attractivité du train comme alternative à la voiture.
Des obstacles persistants à une concurrence équitable
Malgré ces succès, l'AFRA met en garde contre un optimisme excessif. Des freins importants subsistent et empêchent, selon elle, une concurrence totalement fluide et équitable. Le principal point de friction concerne l'accès à ce que les professionnels appellent les « facilités essentielles ».
La question des infrastructures critiques
Ces infrastructures, comme les centres d'ingénierie du matériel ou les sites de test pour l'homologation des trains, sont encore sous le contrôle de SNCF Voyageurs. L'AFRA demande que ces entités soient rendues indépendantes de l'opérateur historique pour garantir un traitement impartial à tous les acteurs du marché.
Alexandre Gallo, vice-président de l'AFRA, a exprimé cette préoccupation avec prudence mais fermeté. « Le sujet de l’homologation des rames est à la base de la concurrence (...) loin de moi l’idée de dire que SNCF Voyageurs ralentit le processus pour ses concurrents, mais on a besoin de dissiper un certain nombre de soupçons », a-t-il affirmé.
Cette situation crée une incertitude et, selon les nouveaux entrants, un désavantage compétitif. Ils estiment que la lenteur des processus administratifs et techniques pourrait décourager de nouveaux investissements.
Des délais d'homologation qui interrogent
Pour appuyer ce point, Marco Caposciutti, président de l'AFRA, a partagé une comparaison révélatrice. Il a expliqué que pour faire approuver un même type de rame, le processus a pris quatre ans en France, contre seulement deux ans en Espagne, un pays où le marché ferroviaire est également ouvert à la concurrence.
Cette différence de deux ans représente un délai considérable dans le déploiement d'une nouvelle offre commerciale. C'est un enjeu majeur pour l'avenir, car la rapidité de mise en service du nouveau matériel est essentielle pour que la concurrence puisse pleinement jouer son rôle.
L'AFRA appelle donc à plus de transparence et à la mise en place de structures véritablement indépendantes pour gérer ces aspects techniques. L'objectif est de créer un environnement où tous les opérateurs, y compris la SNCF, peuvent concourir sur un pied d'égalité, au bénéfice final du voyageur.





