À Nice, un nouveau lieu unique en France propose aux jeunes de découvrir leurs talents et leur future carrière à travers des jeux vidéo, des tests de personnalité et la réalité virtuelle. Inauguré dans le quartier Méridia, le "Centre des possibles" offre une approche ludique et scientifique de l'orientation professionnelle, loin des entretiens traditionnels.
Cette initiative, portée par la Métropole Nice Côte d'Azur, vise à répondre à la question que se posent de nombreux collégiens, lycéens et étudiants : quel métier est fait pour moi ? En s'appuyant sur la recherche universitaire, le centre propose un parcours personnalisé pour identifier les compétences et les centres d'intérêt de chacun.
Points Clés
- Le "Centre des possibles" a ouvert à Nice pour aider les jeunes à s'orienter professionnellement.
- Il utilise une méthode basée sur le jeu pour évaluer les compétences cognitives et la personnalité.
- Un parcours d'1h30 combine questionnaires, mini-jeux et réalité virtuelle.
- Un algorithme et un psychologue du travail analysent les résultats pour proposer des métiers adaptés.
- Le projet représente un investissement de plus de 500 000 euros de la part de la Métropole et de la Région.
Une nouvelle approche de l'orientation
Situé dans le "Hub de l’innovation" sur l'avenue Simone Veil, le Centre des possibles a officiellement ouvert ses portes le 21 novembre dernier. L'objectif est de proposer une alternative aux méthodes d'orientation classiques, souvent perçues comme intimidantes ou abstraites par les jeunes.
Ici, pas de longs questionnaires sur papier ni d'entretiens formels. L'approche est résolument moderne et interactive. Les jeunes, qu'ils viennent spontanément sur rendez-vous ou par le biais de leur établissement scolaire, sont invités à participer à une expérience immersive conçue pour être à la fois révélatrice et amusante.
Un parcours ludique en trois étapes
Le parcours complet dure environ une heure et demie. Il a été soigneusement élaboré pour évaluer différentes facettes de la personnalité et des aptitudes du participant sans qu'il ait l'impression de passer un examen.
Le processus se déroule comme suit :
- Le questionnaire de personnalité : À l'aide d'une tablette, le jeune répond à une série de questions conçues pour cerner ses principaux traits de caractère.
- Les jeux de raisonnement : Sur un ordinateur, il accède à des mini-jeux qui mesurent ses capacités cognitives, comme la mémoire, l'attention ou la logique.
- L'identification des intérêts : De retour sur la tablette, un dernier module permet de définir ses centres d'intérêt professionnels et personnels.
Une base scientifique solide
Ce projet n'est pas un simple gadget technologique. Il est le fruit de trois années de recherche menées en collaboration avec plusieurs laboratoires de l'Université Côte d'Azur. Des chercheurs ont travaillé à la création d'outils de mesure fiables et à leur validation scientifique pour garantir la pertinence des résultats.
De la mesure à la recommandation de métiers
L'un des concepteurs du projet, Romain Raymondie, doctorant-chercheur, insiste sur la terminologie. "Ce n'est pas un test mais une mesure", précise-t-il. Cette nuance est importante car elle retire la notion d'évaluation et de performance, qui peut être source de stress.
"Le but, ce n’est pas qu’on dise que le jeune est bon ou mauvais, mais plutôt qu’il a une meilleure capacité de mémoire que d’attention", explique Romain Raymondie.
L'idée est de dresser un profil complet des aptitudes cognitives, des compétences psychomotrices et des préférences de chaque individu. Ces données sont ensuite traitées par un algorithme sophistiqué.
L'algorithme et l'humain main dans la main
Développé par le laboratoire Gredeg de l’Université Nice Sophia Antipolis, l'algorithme croise les résultats du parcours avec une vaste base de données contenant plus de 300 fiches métiers. Il identifie ainsi les professions qui correspondent le mieux au profil unique du participant.
Mais la technologie ne remplace pas l'humain. À la fin du parcours, un psychologue du travail reçoit le jeune pour un entretien d'une quinzaine de minutes. Ensemble, ils discutent des résultats et des pistes de métiers suggérées, afin de contextualiser les informations et d'affiner l'orientation.
Un investissement pour l'avenir des jeunes
La Métropole Nice Côte d'Azur a investi 350 000 euros dans le projet. Elle a également financé les travaux du doctorant à hauteur de 150 000 euros et accordé une subvention de 50 000 euros au laboratoire Gredeg. La Région a contribué à hauteur de 70 000 euros pour l'aménagement de la salle.
Explorer son futur métier en réalité virtuelle
Pour rendre l'expérience encore plus concrète, le Centre des possibles propose une immersion en réalité virtuelle. Après avoir identifié des pistes de métiers, le jeune peut enfiler un casque VR et se plonger à 360 degrés dans l'environnement de travail d'une profession.
Grâce à des vidéos de présentation, il peut découvrir le quotidien d'un graphiste, d'un mécanicien, d'un soignant ou de l'un des 300 autres métiers disponibles dans la vidéothèque. C'est une manière efficace de se projeter et de confirmer ou d'infirmer un choix d'orientation.
Un outil prometteur mais dépendant de la motivation
Le centre est encore en phase de démarrage et il est trop tôt pour mesurer son efficacité à long terme. Pour l'instant, il accueille des groupes de huit jeunes par demi-journée, les mardis et jeudis. Les créneaux pourront être augmentés si la demande suit.
L'accueil des premiers participants est varié. Pour Maelys, 18 ans, en fin de CAP coiffure, l'expérience est mitigée. "C’est mon CFA qui m’a envoyée ici. Je ne sais pas trop pourquoi. La séance ne m’a pas vraiment aidée", confie-t-elle. Son projet de se spécialiser dans le maquillage événementiel était déjà défini.
Ce témoignage souligne un point crucial : l'efficacité du dispositif dépendra en grande partie de la volonté et de la curiosité des jeunes qui s'y présentent. Pour ceux qui sont véritablement en quête de réponses, le Centre des possibles pourrait s'avérer être un outil précieux.
Face au succès potentiel de ce concept unique en France, la Métropole envisage déjà de le rendre mobile. Un projet de bus itinérant est à l'étude pour aller à la rencontre des jeunes sur tout le territoire et démocratiser cette approche innovante de l'orientation.




