Trois chasseurs, dont le président de la société de chasse de Venanson qui est également adjoint au maire, ont comparu ce lundi devant le tribunal de police de Nice. Ils sont accusés de plusieurs infractions liées à des actes de braconnage de chamois, une espèce protégée dont la chasse est très réglementée dans le massif du Mercantour.
L'affaire, qui a débuté suite à un signalement, a été mise au jour par les agents de l'Office français de la biodiversité (OFB). Les prévenus risquent des amendes pouvant atteindre 1 500 euros, ainsi qu'une interdiction de chasser et de détenir des armes.
Les points clés
- Trois chasseurs, dont un élu local, sont jugés pour braconnage de chamois.
- Les faits incluent l'abattage d'un jeune chamois et l'utilisation de méthodes de chasse illégales.
- La population de chamois dans le Mercantour est considérée comme fragile, justifiant une réglementation stricte.
- Une association de défense des animaux s'est portée partie civile et réclame une sanction exemplaire.
Comparution au tribunal de Nice
C'est dans le cadre formel du tribunal de police de Nice que les trois hommes ont dû répondre des accusations portées contre eux. Le principal prévenu, président de la société de chasse locale et élu de la commune de Venanson, est accompagné d'un garde-chasse agréé et d'un rabatteur. Ensemble, ils font face à des accusations de contraventions de 5ème classe au code de l'environnement.
Au-delà des amendes, c'est surtout la menace d'une suspension de leur permis de chasser et d'une interdiction de port d'arme qui pèse sur leur avenir de chasseurs. Cette affaire met en lumière les tensions qui peuvent exister entre les pratiques de chasse traditionnelles et les impératifs de protection de la faune sauvage.
Une enquête de la police de l'environnement
L'enquête a été menée par l'Office français de la biodiversité (OFB), la police de l'environnement. Les agents ont agi sur la base d'un signalement reçu plusieurs semaines avant l'intervention, dénonçant un prélèvement suspect. Leur surveillance a abouti à un constat de flagrant délit en octobre 2024.
Des pratiques de chasse remises en cause
Les faits reprochés se sont déroulés en deux temps. Le premier incident concerne l'abattage d'un jeune chamois femelle de 9 kg le 8 octobre 2023. Cet animal aurait été tué par un garde particulier lors d'une battue organisée par le président de la société de chasse.
Un an plus tard, les 12 et 13 octobre 2024, les agents de l'OFB ont surpris en flagrant délit une équipe de chasseurs menée par le même président. Deux autres chamois avaient alors été abattus. Selon les enquêteurs, plusieurs règles fondamentales de la chasse au chamois auraient été enfreintes.
Des règles strictes pour une espèce fragile
La chasse au chamois, bien qu'autorisée, est soumise à des conditions très strictes pour protéger une population jugée fragile. Parmi les infractions relevées par l'OFB figurent :
- La participation de huit chasseurs à la battue, alors que la limite est fixée à quatre.
- L'utilisation de chiens, une pratique formellement interdite pour la chasse au chamois par un arrêté ministériel datant de 1986.
Le président de la société de chasse conteste les accusations de braconnage. Il a affirmé que les chiens étaient "tenus en laisse" lors de l'intervention de l'OFB et que le prélèvement de l'animal correspondait au bracelet de marquage obligatoire. "Si la bête ne correspond pas au bracelet, là ça en aurait été. Le bracelet et le prélèvement ont été faits dans les règles de l’art", a-t-il déclaré.
Le saviez-vous ? La chasse au chamois est dite "à l'approche". Elle se pratique en petit comité (quatre personnes maximum) et sans chien, afin de ne pas perturber les troupeaux et de permettre un tir sélectif et sécurisé en milieu montagnard.
Une association de défense animale demande une sanction forte
L'association Stéphane-Lamart, qui œuvre pour la défense des droits des animaux, s'est constituée partie civile dans ce dossier. Représentée par son avocat, Maître Patrice Grillon, elle a souligné la gravité des faits.
"Les faits en cause [...] portent atteinte à l’équilibre biologique d’une population montagnarde déjà fragilisée", a déclaré l'association dans un communiqué.
L'organisation espère obtenir du tribunal une "sanction exemplaire, proportionnée à la gravité des atteintes portées à la faune sauvage". Pour ses membres, ce procès est l'occasion de rappeler que les règles de chasse ne sont pas de simples formalités administratives, mais des outils essentiels pour la préservation de la biodiversité.
Le jugement, qui sera rendu prochainement, est donc très attendu. Il pourrait créer un précédent pour la régulation de la chasse dans les zones protégées comme le parc national du Mercantour, où la cohabitation entre les activités humaines et la faune sauvage reste un défi permanent.





