Cinq mois à peine après son lancement très médiatisé, l'opérateur ferroviaire privé Transdev traverse une zone de fortes turbulences sur la ligne Marseille-Nice. Entre des performances de ponctualité décevantes, des incidents d'exploitation et une restructuration soudaine de sa direction, la compagnie fait face à ses premières crises majeures.
Cette situation survient dans un contexte de conflit social naissant, soulevant des questions sur la viabilité du modèle proposé par le premier concurrent de la SNCF sur une ligne régionale de cette envergure en Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Les points clés
- Une restructuration de la direction est en cours, avec plusieurs départs clés, moins de cinq mois après le lancement.
- La ponctualité des trains est nettement inférieure aux objectifs fixés par la Région.
- Des incidents d'exploitation et un premier conflit social fragilisent l'opérateur.
- Le directeur général de la filiale est en arrêt de travail, et son retour est incertain.
Une direction déstabilisée
L'opérateur Transdev, qui a inauguré la liaison régionale Marseille-Nice le 29 juin dernier, a récemment annoncé des changements importants au sein de son équipe de direction. Une note interne, consultée par notre rédaction, a officialisé plusieurs mouvements au sein de sa filiale Transdev Rail Sud Inter-métropoles (RSI).
Sandrine Trojani, la directrice générale adjointe, quitte ses fonctions. Parallèlement, la responsable des ressources humaines a été réaffectée à la direction ferroviaire du groupe, au siège de Transdev. Ces changements interviennent à un moment critique pour l'entreprise.
Pour ajouter à l'incertitude, le directeur général, Gwendal Gicquel, est actuellement en arrêt de travail. Des sources internes, qui préfèrent rester anonymes, expriment des doutes quant à son retour.
« Les bruits de couloir disent qu’il ne reviendra pas », nous a-t-on confié, témoignant d'un climat d'inquiétude parmi les salariés.
Des performances qui déraillent
Au-delà des secousses internes, les résultats opérationnels de Transdev sur la ligne Marseille-Nice sont loin de répondre aux attentes. La promesse d'une ponctualité exemplaire, argument clé de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur pour justifier l'ouverture à la concurrence, peine à se concrétiser.
La ponctualité en chiffres
En août, le taux de ponctualité de Transdev s'élevait à 84%, toutes causes confondues. Ce chiffre est bien en deçà de l'objectif de 97% fixé dans le cahier des charges. Nos propres calculs, basés sur les données disponibles, suggèrent même un taux plus proche de 75% sur cette période.
Cette différence notable entre les objectifs et la réalité a un impact direct sur les usagers quotidiens de cette ligne très fréquentée. Les retards et les perturbations s'accumulent, écornant l'image d'efficacité que l'opérateur privé souhaitait incarner face au monopole historique de la SNCF.
Incidents et tensions sociales
Les problèmes ne se limitent pas aux retards. Plusieurs incidents d'exploitation ont été signalés depuis le lancement du service. Parmi les plus préoccupants, le franchissement d'au moins un signal d'arrêt, communément appelé « feu rouge » ferroviaire, a soulevé des questions de sécurité.
Plus récemment, le 1er novembre, le train de 21h57 reliant Marseille à Nice a été purement et simplement supprimé, laissant des voyageurs sans solution de transport en fin de soirée. Ces événements à répétition alimentent un mécontentement croissant chez les passagers.
Ce climat tendu est exacerbé par un premier conflit social qui a éclaté au début du mois de novembre. Les discussions sur les conditions de travail et l'organisation interne créent des frictions supplémentaires, compliquant la tâche d'une direction déjà fragilisée.
Un test majeur pour la libéralisation du rail
L'arrivée de Transdev sur la ligne Marseille-Nice représente la première mise en concurrence d'une ligne TER majeure en France. Le succès ou l'échec de cette initiative est observé de près par d'autres régions et par l'ensemble du secteur ferroviaire. Les difficultés actuelles pourraient servir de leçon pour les futures ouvertures à la concurrence prévues dans le pays.
Quelles perspectives pour l'avenir ?
Face à cette accumulation de difficultés, l'avenir de Transdev sur cet axe stratégique de la Côte d'Azur semble incertain. La direction par intérim devra rapidement restaurer la confiance, tant auprès de ses salariés que des usagers et de l'autorité organisatrice, la Région Sud.
La première étape consistera à stabiliser l'équipe dirigeante et à ouvrir un dialogue constructif pour résoudre le conflit social. Parallèlement, des mesures concrètes et efficaces devront être prises pour améliorer drastiquement la ponctualité et la fiabilité du service.
L'enjeu est de taille : il s'agit non seulement de redresser la barre pour Transdev, mais aussi de démontrer que la concurrence peut réellement apporter un service de meilleure qualité aux voyageurs du quotidien. Les prochains mois seront décisifs pour l'opérateur et pour l'avenir du transport ferroviaire régional en France.





