À l'approche des élections municipales de 2026, la bataille politique entre Christian Estrosi et Éric Ciotti atteint son paroxysme. Un nouveau livre-enquête, « Les Frères ennemis de la Côte », plonge dans les coulisses de cette guerre de pouvoir qui façonne l'avenir de Nice. L'auteur, le journaliste Jean-Baptiste Forray, y dévoile les ressorts psychologiques, les ambitions cachées et les stratégies qui animent les deux hommes.
Après des mois passés à interroger des dizaines de sources au cœur du pouvoir niçois, le livre dresse le portrait de deux personnalités complexes, dont la relation, autrefois celle d'un mentor et de son protégé, s'est muée en une rivalité acharnée.
Points Clés
- La rivalité entre Estrosi et Ciotti est avant tout une lutte de pouvoir et d'ego, née d'une relation historiquement inégale.
- Dominique Estrosi-Sassone, ex-épouse du maire, est décrite comme une figure centrale ayant façonné sa carrière politique.
- Le livre révèle des anecdotes sur les personnalités des deux hommes, comme la fascination de Ciotti pour les cercles mondains et la capacité d'Estrosi à s'adapter à tous les électorats.
- L'enquête confirme que Christian Estrosi a envisagé une alliance avec le Front National dans les années 1990.
Une guerre de pouvoir aux racines profondes
Selon Jean-Baptiste Forray, la fracture entre Christian Estrosi et Éric Ciotti n'est pas simplement idéologique. Elle est avant tout le fruit d'un conflit de pouvoir. « Leur relation n’a jamais été égalitaire », explique-t-il, soulignant que le maire de Nice a longtemps considéré son rival comme un simple « collaborateur, son serviteur ».
Cette dynamique a commencé à se fissurer dans les années 2010. Alors qu'Éric Ciotti gagnait en influence à l'Assemblée nationale et au sein de l'UMP, Christian Estrosi était écarté du gouvernement. La concurrence et l'ego ont fait le reste, transformant deux alliés en adversaires irréconciliables.
L'ambition de Ciotti est clairement identifiée : « Le rêve de Ciotti, c’est d’être Estrosi », confie une source à l'auteur. Cette aspiration à dépasser le maître est devenue le moteur principal de son action politique.
Les personnalités derrière les politiques
Le livre s'attarde sur les traits de caractère qui définissent les deux hommes et influencent leurs stratégies. L'enquête révèle des facettes méconnues, voire surprenantes, des deux principaux candidats à la mairie de Nice.
Christian Estrosi, l'animal politique
Loin de l'image parfois caricaturale de ses débuts, où son passé de pilote de moto lui valait des moqueries, Christian Estrosi est dépeint comme un redoutable tacticien. Il possède, selon l'auteur, « un sens du contact phénoménal, doublé d’un sens politique dingue ».
Sa capacité à s'adapter à son auditoire est l'une de ses plus grandes forces. Il peut se montrer « plus vert que vert » avec les écologistes ou se présenter comme le « meilleur ami des homos ». Cette polyvalence le rend difficile à cerner mais terriblement efficace en campagne.
Le rôle clé de Dominique Estrosi-Sassone
L'enquête met en lumière l'influence déterminante de Dominique Estrosi-Sassone, sénatrice et ex-épouse du maire. Elle est présentée comme celle qui a « façonné le maire, par son réseau, par son instinct, par son talent ». Son rôle reste central dans la campagne actuelle, au point d'être pressentie pour remplacer son ex-mari en cas d'empêchement.
Le livre confirme également une rumeur persistante : dans les années 1990, Christian Estrosi aurait sérieusement envisagé une alliance avec le Front National pour conserver la présidence de la Région PACA. Il y aurait renoncé par crainte de ruiner sa carrière politique.
Éric Ciotti, l'ambition et les réseaux
Le portrait d'Éric Ciotti est celui d'un homme cherchant à combler un certain complexe social. Son désir d'intégrer les milieux mondains est mis en avant, notamment sa participation à des chasses en Sologne où il côtoie l'élite économique et politique du pays.
Cette quête de reconnaissance expliquerait en partie son alliance avec le Rassemblement National. Il se complaît dans un rôle de « grand duc » de cette nouvelle droite, loin des railleries passées sur son accent ou ses positions jugées extrêmes.
Surnommé « Le Diacre »
Une anecdote révélée par le livre illustre sa stratégie pour conquérir l'électorat des seniors. Éric Ciotti serait un habitué des enterrements, même de personnes qu'il ne connaissait pas. Il y enverrait systématiquement des gerbes de fleurs financées par le Département ou s'arrangerait pour y prendre la parole, s'assurant ainsi la sympathie d'un public captif. Cette pratique lui a valu le surnom de « Le Diacre » dans certains cercles.
Nice, un laboratoire national
La bataille pour la mairie de Nice dépasse les simples enjeux locaux. La ville est souvent considérée comme une « France en miniature », ses résultats électoraux récents se rapprochant souvent des scores nationaux. L'issue du duel Estrosi-Ciotti sera donc scrutée de près.
« Nice pourrait être une France en miniature. Ce sera aussi intéressant de voir comment cette capitale de la droite va se positionner. » - Jean-Baptiste Forray
Pour Éric Ciotti, une victoire à Nice serait une consécration. Elle validerait sa stratégie d'« union des droites » et lui permettrait d'offrir à Marine Le Pen le « trophée » qu'il lui a promis : une grande ville dirigée par son alliance.
De son côté, Christian Estrosi joue sa survie politique. Malgré un contexte difficile, il reste un adversaire redoutable. « Reste que Christian Estrosi est un formidable animal politique, et qu’il a envie de le crever », prévient l'auteur, indiquant que l'élection est loin d'être jouée.
Une enquête en terrain miné
Jean-Baptiste Forray décrit une enquête étonnamment fluide, malgré la tension palpable entre les deux camps. Les deux hommes ont adopté des approches très différentes face au journaliste.
- Éric Ciotti : Prudent, il a d'abord envoyé deux collaborateurs pour « sonder » le journaliste avant de se livrer. Son sujet de conversation favori ? Christian Estrosi.
- Christian Estrosi : Il a opté pour le « grand show », emmenant l'auteur en visite guidée de « sa » ville, du tramway à la station d'épuration, pour éviter d'aborder le sujet de son rival.
L'auteur conclut sur une note psychologique : « Quand l’un parle de l’autre, on dirait qu’il évoque son ex-femme… ». Une formule qui résume parfaitement l'intensité d'une relation politique et personnelle qui a tourné au divorce, et dont les Niçois seront les arbitres en 2026.





