Au lendemain du premier tour des élections municipales du 15 mars 2026, la Côte d'Azur retient son souffle. À Nice, Toulon et Marseille, les résultats ont ouvert une semaine de tractations intenses, de désistements et d'appels stratégiques en vue du second tour décisif de dimanche prochain. Les alliances se font et se défont, redessinant le paysage politique local face à la montée des extrêmes.
Points Clés
- À Nice, Christian Estrosi, en ballotage défavorable, appelle à un "front républicain" contre Éric Ciotti, arrivé largement en tête.
- La candidate de la gauche unie à Nice, Juliette Chesnel-Le Roux, refuse de se retirer, maintenant une triangulaire à haut risque.
- À Toulon, la candidate du Rassemblement National, Laure Lavalette, vise les électeurs de droite pour consolider son avance.
- Le maire sortant de Marseille, Benoît Payan, rejette toute alliance avec La France Insoumise pour affronter le RN.
Nice : Un duel à couteaux tirés et l'appel au barrage
La situation est particulièrement tendue à Nice, la cinquième ville de France. Le premier tour a placé le candidat de l'Union des droites pour la République (UDR), Éric Ciotti, soutenu par le Rassemblement National, en position de force avec 43 % des suffrages. Le maire sortant, Christian Estrosi (Horizons), se retrouve distancé, crédité de près de 31 % des voix.
Face à ce résultat, M. Estrosi a rapidement lancé un appel à la mobilisation. Lundi matin, sur plusieurs plateformes médiatiques, il a exhorté la candidate de la gauche et des écologistes, Juliette Chesnel-Le Roux, à prendre ses responsabilités. Arrivée en troisième position avec près de 12 %, sa présence au second tour crée une triangulaire qui, selon le maire sortant, favorise son rival.
Résultats du 1er tour à Nice
- Éric Ciotti (UDR-RN) : 43 %
- Christian Estrosi (Horizons) : 31 %
- Juliette Chesnel-Le Roux (PS-PCF-Écologistes) : 12 %
Le refus de la gauche
L'appel de Christian Estrosi n'a pas trouvé d'écho favorable. Juliette Chesnel-Le Roux a confirmé le maintien de sa liste pour le second tour. Pour elle et ses soutiens, le maire sortant ne peut incarner un rempart crédible contre l'extrême droite.
"Christian Estrosi ne peut pas être le barrage à une situation qu’il a lui-même créée", a-t-elle déclaré, critiquant le bilan du maire et son traitement des élus écologistes durant la mandature écoulée.
Cette décision maintient une incertitude totale sur l'issue du scrutin. Pour certains observateurs nationaux comme Marine Tondelier, cheffe de file des écologistes, le front républicain est difficile à appliquer dans ce contexte. "Éric Ciotti a quasiment déjà gagné", a-t-elle estimé, soulignant la complexité de la situation niçoise.
Toulon et Marseille : Des stratégies divergentes face au RN
Le Var et les Bouches-du-Rhône ne sont pas en reste. À Toulon, la capitale varoise, la candidate du Rassemblement National, Laure Lavalette, est arrivée en tête, juste devant la maire sortante Josée Massi. Le second tour s'y annonce extrêmement serré.
La stratégie de Mme Lavalette est claire : séduire l'électorat de droite qui s'est porté sur le candidat LR Michel Bonus, arrivé troisième avec 15,71 %. Elle espère convaincre ces électeurs de "faire barrage" à une candidate qu'elle qualifie de "gauche", dans l'espoir de remporter la mairie.
Des débats pour convaincre
Pour tenter de mobiliser les électeurs et de clarifier les positions, plusieurs débats télévisés sont organisés cette semaine. Nice aura son débat mercredi, tandis que Toulon verra les candidats s'affronter jeudi. Ces rendez-vous seront cruciaux pour influencer les indécis.
La ligne solitaire de Benoît Payan à Marseille
À Marseille, le scénario est différent mais tout aussi tendu. Le maire de gauche sortant, Benoît Payan, est au coude-à-coude avec le candidat RN Franck Allisio (36,7 % contre 35 %). Malgré cette menace, il a catégoriquement refusé toute "tambouille" politique avec La France Insoumise, représentée par Sébastien Delogu.
Dès lundi matin, M. Payan a déposé sa liste en préfecture sans alliance, appelant "chacun à prendre ses responsabilités".
"Face au Rassemblement national, il n’y a ni compromission ni tambouille ni arrangement", a-t-il affirmé, mettant la pression sur LFI et sur la droite, représentée par Martine Vassal (12,41 %).
Des retraits et des maintiens qui façonnent le scrutin
La semaine est également marquée par des décisions stratégiques dans d'autres communes. À Saint-Maximin, dans le Var, le maire sortant Alain Decanis, arrivé troisième, a annoncé son retrait de la course pour ne pas diviser les voix républicaines.
Cette dynamique de retrait ou de maintien est au cœur des discussions. À Hyères, la question de la position du maire sortant Jean-Pierre Giran, arrivé deuxième, anime toutes les conversations. Fusionner, se maintenir ou se retirer : son choix pourrait être déterminant pour l'avenir de la ville.
Pendant ce temps, certaines figures s'imposent sans ambiguïté. C'est le cas de David Rachline à Fréjus, qui a été réélu maire dès le premier tour pour un troisième mandat, améliorant même son score de 2020.
La semaine s'annonce donc décisive. Entre les appels au front républicain, les refus d'alliance et les stratégies de conquête, les électeurs des Alpes-Maritimes et du Var devront faire des choix cruciaux dimanche prochain. L'issue de ces élections locales pourrait avoir des répercussions bien au-delà des frontières de la région.





