À l'approche des élections municipales à Nice, la candidate de la gauche unie, Juliette Chesnel-Le Roux, rejette fermement l'appel au « vote utile » lancé par le maire sortant Christian Estrosi. Face à des sondages qui le placent en difficulté, ce dernier tente de rallier les électeurs de gauche pour faire barrage à son rival Éric Ciotti, mais se heurte à un refus catégorique.
L'essentiel
- Christian Estrosi, maire sortant, appelle à un front républicain face à Éric Ciotti, en tête des sondages.
- Juliette Chesnel-Le Roux (Les Écologistes-PS-PCF) refuse toute alliance, accusant Estrosi et Ciotti de partager les mêmes idées.
- Les sondages prédisent un duel serré au second tour, où Christian Estrosi serait battu de justesse par Éric Ciotti.
- La gauche niçoise, échaudée par les alliances passées, choisit cette fois de maintenir sa candidature jusqu'au bout.
Un appel au secours qui ne passe pas
La tension monte à quelques jours du premier tour des élections municipales, prévu ce dimanche 15 mars. Christian Estrosi, le maire sortant (Horizons), a récemment multiplié les appels en direction de l'électorat de gauche. Son objectif est clair : rassembler le plus largement possible pour contrer la montée en puissance de son adversaire de toujours, Éric Ciotti, candidat pour l'alliance UDR-RN.
Cette stratégie du « vote utile » a provoqué une réaction immédiate et sans équivoque de la part de la principale intéressée, Juliette Chesnel-Le Roux. La tête de liste de l'union de la gauche et des écologistes a qualifié cette manœuvre d'« imposture politique ».
« Il ne faut pas prendre les Niçois pour des cons. Christian Estrosi ne peut pas faire barrage à l’extrême droite », a-t-elle déclaré dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux.
Pour la candidate, qui est créditée d'environ 12 % des intentions de vote, Christian Estrosi et Éric Ciotti ne sont que les deux faces d'une même pièce. Elle les surnomme les « Tic et Tac » de la politique niçoise, rappelant leurs vingt années de collaboration passée.
Des sondages qui inquiètent le maire sortant
Si Christian Estrosi change de stratégie en cours de campagne, c'est que les chiffres ne lui sont pas favorables. Une récente enquête d'opinion place Éric Ciotti largement en tête au premier tour avec 41 % des intentions de vote.
Le maire sortant se retrouverait distancé de onze points, avec seulement 30 %. Dans l'hypothèse d'un duel au second tour, l'étude prévoit une défaite de Christian Estrosi, qui recueillerait 49 % des voix contre 51 % pour son rival.
Face à ce scénario, la seule issue pour le maire semble être d'attirer une partie des voix de gauche. Après avoir mené une campagne axée sur des thèmes très à droite, notamment avec une vidéo controversée sur les étrangers, il opère désormais un virage pour séduire un électorat plus modéré. Des rumeurs persistantes font même état de tentatives d'approche directe auprès de l'équipe de Juliette Chesnel-Le Roux en vue d'une possible fusion des listes, une proposition balayée d'un revers de main par l'entourage de la candidate écologiste.
Des accusations de complaisance
Pour justifier son refus, Juliette Chesnel-Le Roux ne mâche pas ses mots. Elle pointe du doigt l'entourage même du maire sortant, qui compterait selon elle des personnalités aux parcours ambigus.
Elle cite notamment le cas d'un adjoint « qui a été le directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen à l’Europe » et qui « refuse encore aujourd’hui de marier les couples homosexuels ». Elle mentionne également un membre du cabinet du maire qui aurait été « le bras droit de Marion Maréchal-Le Pen ».
Ces accusations visent à démontrer que Christian Estrosi ne peut incarner un rempart crédible contre l'extrême droite. Pour Juliette Chesnel-Le Roux, le véritable barrage est sa propre liste, qui représente selon elle la seule alternative claire « à la droite extrême et à l’extrême droite ».
Le souvenir des alliances passées
La position intransigeante de la gauche niçoise s'explique aussi par l'histoire politique locale. À plusieurs reprises, que ce soit pour des élections municipales, départementales ou régionales, la gauche a accepté de se retirer pour faire barrage à l'extrême droite. En 2015, lors des élections régionales, elle s'était ainsi effacée au second tour pour permettre la victoire de Christian Estrosi face à Marion Maréchal. Cependant, beaucoup à gauche estiment aujourd'hui que cette stratégie n'a servi qu'à renforcer la droite, sans obtenir de contreparties significatives. Cette fois, la leçon semble avoir été retenue et la consigne est claire : pas de désistement.
Une fin de campagne sous haute tension
Le refus de la gauche de participer à un front républicain place Christian Estrosi dans une position délicate. Il doit désormais trouver un moyen de combler son retard sur Éric Ciotti sans pouvoir compter sur un report de voix massif de la part des électeurs de Juliette Chesnel-Le Roux.
La campagne entre dans sa dernière ligne droite avec une incertitude maximale. Le duel annoncé entre les deux figures de la droite niçoise pourrait se jouer à quelques centaines de voix près. La participation, notamment celle de l'électorat de gauche, sera l'une des clés du scrutin de dimanche. La question est de savoir si les électeurs suivront la consigne de leur candidate ou s'ils feront, à titre individuel, le choix du « vote utile » que le maire sortant appelle de ses vœux.





