À l'approche des élections municipales de 2026 à Nice, un récent sondage place les deux principales listes de gauche dans une position inattendue d'arbitre. Avec un score cumulé de 22 %, leur stratégie pour le second tour pourrait s'avérer décisive dans le duel annoncé entre Christian Estrosi et Éric Ciotti.
Points Clés
- Un sondage place Éric Ciotti en tête avec 41 % des intentions de vote au premier tour, devant Christian Estrosi (31 %).
- Les listes de gauche de Juliette Chesnel-Le Roux et Mireille Damiano totalisent 22 %, leur permettant de se maintenir au second tour.
- La décision de la gauche de fusionner, de se maintenir séparément ou de se retirer influencera directement l'issue du scrutin.
- Mireille Damiano se dit favorable à une fusion au second tour, tandis que Juliette Chesnel-Le Roux préfère se concentrer sur le premier tour.
Un paysage politique niçois redessiné par les sondages
La campagne pour la mairie de Nice est dominée par l'affrontement entre le maire sortant, Christian Estrosi, et son ancien allié, Éric Ciotti. Cependant, une étude récente de l'institut Cluster 17 vient de mettre en lumière le rôle potentiel d'un troisième acteur : la gauche niçoise.
Selon cette enquête, Éric Ciotti, avec le soutien du Rassemblement National, recueillerait 41 % des intentions de vote au premier tour. Christian Estrosi, candidat à un quatrième mandat, serait crédité de 31 %. Ces chiffres suggèrent un second tour très disputé entre les deux figures de la droite locale.
Résultats du sondage (1er tour)
- Éric Ciotti (UDR-RN) : 41 %
- Christian Estrosi (Horizons) : 31 %
- Juliette Chesnel-Le Roux (Unis pour Nice) : 12 %
- Mireille Damiano (Nice Front populaire) : 10 %
C'est ici que la gauche entre en jeu. La liste « Unis pour Nice », menée par l'écologiste Juliette Chesnel-Le Roux et soutenue par le PS et le PCF, obtiendrait 12 %. De son côté, la liste « Nice Front populaire » de Mireille Damiano, qui inclut La France Insoumise, est estimée à 10 %. Ces scores, s'ils se confirment, permettraient aux deux listes de franchir le seuil nécessaire pour se maintenir au second tour.
Le dilemme stratégique du second tour
Avec un poids électoral combiné de 22 %, la gauche détient mathématiquement une part significative de l'électorat. Sa stratégie pour l'entre-deux-tours sera donc observée de très près, car elle pourrait faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre.
Plusieurs scénarios sont envisageables. Le maintien des deux listes séparées au second tour provoquerait une division des voix de gauche, ce qui favoriserait très probablement le candidat arrivé en tête au premier tour, à savoir Éric Ciotti. À l'inverse, une fusion des deux listes créerait une force unifiée capable non seulement de peser dans le résultat final, mais aussi de s'assurer un groupe d'élus conséquent au conseil municipal.
Quelles options pour le second tour ?
En France, pour les élections municipales dans les communes de 1 000 habitants et plus, les listes ayant obtenu au moins 10 % des suffrages exprimés au premier tour peuvent se maintenir au second. Celles ayant obtenu au moins 5 % peuvent fusionner avec une liste qualifiée. La décision de se maintenir, de fusionner ou de se retirer est purement stratégique.
Le retrait pur et simple semble écarté par les deux candidates, qui souhaitent offrir une alternative aux électeurs niçois. La question centrale reste donc celle d'une éventuelle alliance.
Deux candidates, deux approches de l'union
Si la nécessité d'une présence forte de la gauche au conseil municipal semble faire consensus, les deux têtes de liste n'abordent pas la question de l'union avec le même calendrier ni les mêmes termes.
Mireille Damiano plaide pour un « front uni »
Pour Mireille Damiano, la position est claire et a été affirmée dès le début de la campagne. Elle se montre résolument en faveur d'une alliance au second tour pour contrer la droite et l'extrême droite.
« À défaut d’avoir pu la réaliser au premier tour, nous sommes favorables, dans tous les cas de figure, à une fusion des listes de gauche au second tour pour opposer un front uni à Christian Estrosi et Éric Ciotti. »
La candidate de « Nice Front populaire » renvoie dos à dos les deux favoris du scrutin, estimant qu'ils représentent des politiques similaires. « L’un et l’autre, depuis longtemps, ne cessent de glisser vers l’extrême droite », analyse-t-elle, qualifiant leur rivalité de façade. Pour elle, une opposition de gauche forte est indispensable pour porter les préoccupations des habitants.
Juliette Chesnel-Le Roux : chaque chose en son temps
Du côté de Juliette Chesnel-Le Roux, la prudence est de mise. Si elle n'exclut aucune option, elle refuse de se projeter trop vite vers le second tour et préfère se concentrer sur la mobilisation des électeurs pour le premier.
« Ne jouons pas le second tour avant le premier. Nous travaillons chaque jour à convaincre les Niçois que nous sommes la seule alternative crédible et souhaitable au duel fratricide Estrosi-Ciotti. »
La tête de liste « Unis pour Nice » insiste sur la nécessité de construire une dynamique positive autour de son projet. Elle partage cependant un constat sévère sur ses adversaires de droite : « Éric Ciotti a soutenu toutes les politiques de Christian Estrosi pendant 30 ans. Ce sont deux ex-meilleurs amis qui changent de parti ou d’idées au gré des opportunités. » Pour elle, la confiance ne peut leur être accordée.
L'enjeu : peser sur l'avenir de Nice
Au-delà des stratégies électorales, l'enjeu pour la gauche est de retrouver une place centrale dans le débat politique niçois. Après des années de domination de la droite, la configuration actuelle offre une opportunité rare de peser sur les décisions futures de la cinquième ville de France.
Le choix qui sera fait au soir du premier tour par les équipes de Juliette Chesnel-Le Roux et Mireille Damiano sera déterminant. Une union pourrait transformer la gauche en une force incontournable au sein du prochain conseil municipal, capable de défendre ses propositions sur le logement, l'écologie, les services publics et le commerce local. Une division, au contraire, risquerait de la marginaliser pour les six prochaines années.
Les électeurs de gauche, et plus largement les Niçois indécis, attendent désormais de voir comment se dénouera ce jeu d'échecs politique. Le résultat de l'élection municipale de 2026 à Nice pourrait bien dépendre de la capacité de la gauche à parler d'une seule voix.





