La taxe foncière s'est imposée comme un sujet central de la campagne pour les élections municipales à Nice. Après une augmentation notable de 19,2 % en 2024, la pression fiscale sur les propriétaires est devenue un argument politique majeur, opposant le maire sortant à ses concurrents.
Alors que la mairie défend son bilan en comparant son taux d'imposition à celui d'autres grandes villes, l'opposition dénonce une charge fiscale globale de plus en plus lourde pour les Niçois, créant un débat complexe sur les chiffres et leur interprétation.
Les points clés
- Une augmentation de 19,2 % du taux communal de la taxe foncière a été votée à Nice en 2024.
- Le maire Christian Estrosi a promis de geler ce taux jusqu'en 2030 s'il est réélu.
- L'opposition, menée par Éric Ciotti, critique vivement cette hausse et promet de l'annuler.
- Le débat porte sur le taux d'imposition par rapport à la valeur locative des biens, plus élevée à Nice que dans d'autres villes.
- D'autres taxes, comme la taxe métropolitaine et celle sur les ordures ménagères, contribuent à la pression fiscale globale.
Une hausse fiscale qui cristallise les tensions
Le débat sur la fiscalité locale à Nice a pris une nouvelle dimension en 2024. La décision de la municipalité d'augmenter le taux de la taxe foncière de 19,2 % a immédiatement provoqué de vives réactions, tant chez les contribuables que sur la scène politique locale.
Cette mesure, qualifiée de nécessaire par la majorité pour financer les services publics et les investissements, est perçue par l'opposition comme une preuve de mauvaise gestion. La question est désormais au centre des préoccupations à l'approche des élections municipales.
Face à la controverse, le maire sortant, Christian Estrosi, a tenté d'apaiser les esprits. Il a annoncé un gel du taux communal pour 2025 et 2026, et s'est même engagé à maintenir cette stabilité jusqu'à la fin du prochain mandat, en 2030, en cas de réélection. Une promesse de campagne qui vise à rassurer les électeurs, mais qui ne suffit pas à calmer ses adversaires.
Deux lectures opposées des chiffres
Le cœur du débat repose sur l'interprétation des données fiscales. La municipalité soutient que, même après la hausse, le taux de la taxe foncière à Nice reste compétitif par rapport à d'autres métropoles françaises comme Bordeaux, Montpellier ou Grenoble.
Taux d'imposition vs. base locative
La taxe foncière est calculée en appliquant un taux voté par la collectivité à une base d'imposition appelée « valeur locative cadastrale ». Cette valeur, déterminée par l'administration fiscale, est censée représenter le loyer annuel théorique du bien. Ainsi, un taux bas appliqué à une valeur locative élevée peut aboutir à un impôt plus important qu'un taux élevé sur une base faible.
Cependant, les opposants politiques contestent cette vision. Selon eux, se concentrer uniquement sur le taux est trompeur. Patrick Allemand, colistier de la liste « Unis pour Nice », souligne que les valeurs locatives cadastrales sont bien plus élevées à Nice en raison de l'attractivité immobilière de la ville.
« Le maire essaye de nous faire croire que le taux de la taxe foncière est l’un des plus bas des grandes villes, il oublie de dire que ce taux s’applique à une base qui est la valeur locative du bien immobilier », explique-t-il.
Pour étayer cet argument, l'opposition compare le montant final payé par les contribuables. Un appartement de 50 m² serait ainsi taxé en moyenne à 317 € à Nice, contre 262 € à Strasbourg ou 268 € à Saint-Étienne, des villes où les taux sont pourtant parfois plus élevés.
L'accumulation des taxes en question
Au-delà de la seule taxe foncière communale, c'est l'ensemble de la pression fiscale locale qui est pointée du doigt. L'opposition met en avant une série d'augmentations cumulées au fil des ans qui pèsent sur le budget des ménages propriétaires.
La conseillère municipale écologiste Juliette Chesnel-Le Roux dénonce une « explosion » de la fiscalité locale. Elle rappelle plusieurs décisions prises au niveau de la Métropole Nice Côte d'Azur :
- La création d'une taxe foncière métropolitaine de 6,4 % en 2018.
- Une augmentation de 24 % sur la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) en 2023.
Ces prélèvements s'ajoutent à la hausse de 19,2 % du taux communal, formant un cocktail fiscal que l'opposition juge difficile à supporter pour les Niçois.
La charge fiscale globale
La feuille d'impôt d'un propriétaire niçois ne se limite pas à la taxe communale. Elle inclut la part métropolitaine, la taxe sur les ordures ménagères et d'autres prélèvements. C'est l'addition de ces différentes strates qui détermine le montant final à payer.
Un enjeu décisif pour les élections
La fiscalité locale est sans conteste l'un des thèmes qui pèseront lourd dans l'isoloir. Chaque candidat a bien compris l'importance de ce sujet pour les électeurs et a affûté ses arguments.
Éric Ciotti, candidat de l'Union des droites pour la République-Rassemblement national, a fait de la fiscalité son principal angle d'attaque. Il martèle que « quand Christian Estrosi double la taxe foncière sur un mandat, c’est un mauvais maire » et a déjà annoncé qu'en cas de victoire, il annulerait la hausse de 19,2 % votée en 2024.
De son côté, la majorité municipale défend la nécessité de ces revenus pour maintenir la qualité des services publics et financer des projets d'envergure pour la ville. Le débat entre une gestion budgétaire jugée rigoureuse et une pression fiscale jugée excessive promet d'animer la campagne jusqu'au dernier jour.





