L'enquête sur l'enlèvement et la séquestration d'un banquier multimillionnaire ouzbek, survenus en juin dernier entre Paris et la Côte d'Azur, connaît une avancée significative. Au total, six personnes, dont trois hommes et une femme récemment interpellés, sont désormais mises en examen dans ce dossier aux allures de règlement de comptes mafieux.
Kakhramonjon Olimov, un financier lié à la banque ouzbèke Anorbank, avait été kidnappé à Paris avant d'être conduit dans une villa près de Nice, où il affirme avoir été torturé pendant plus de 24 heures. Les investigations menées par la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Paris ont permis d'identifier plusieurs maillons présumés de ce réseau criminel.
L'essentiel de l'affaire
- Un banquier ouzbek, Kakhramonjon Olimov, a été enlevé à Paris les 22 et 23 juin.
- Il a été séquestré et torturé dans une villa à Roquefort-les-Pins, près de Nice.
- L'affaire s'inscrirait dans un conflit commercial sur fond de relations mafieuses.
- Six personnes sont désormais mises en examen, dont quatre nouvelles interpellations en janvier.
- Les chefs d'accusation incluent enlèvement en bande organisée et extorsion avec arme.
Le déroulement des faits : un guet-apens entre Paris et Nice
L'affaire débute le 24 juin, lorsque Kakhramonjon Olimov dépose plainte auprès de la police judiciaire à Paris. Il y raconte un scénario minutieusement préparé. Selon son témoignage, il aurait été approché par une femme qui lui aurait proposé un rendez-vous dans un restaurant parisien. C'est en se rendant à cette invitation qu'il a été intercepté et enlevé.
Le voyage forcé l'a ensuite mené à plusieurs centaines de kilomètres de la capitale, sur la Côte d'Azur. Il a été détenu dans le sous-sol d'une villa située à Roquefort-les-Pins, une commune des Alpes-Maritimes. C'est là que son calvaire aurait duré plus d'une journée.
Une séquestration d'une extrême violence
Durant sa détention, le banquier aurait subi des violences physiques et psychologiques intenses. Il a décrit aux enquêteurs des scènes de torture, incluant des simulacres de pendaison et d'égorgement. Ses agresseurs auraient également filmé des scènes d'humiliation et proféré des menaces de viol.
L'objectif de ses ravisseurs était clair : l'extorsion de fonds. Sous la contrainte, M. Olimov a signé une reconnaissance de dette s'élevant à 5 millions de dollars. Pour obtenir sa libération, il a dû effectuer un premier versement de 200 000 dollars.
Un contexte de conflit commercial
Selon les premiers éléments de l'enquête, cette affaire prend racine dans un différend commercial entre la victime et un de ses anciens associés. Kakhramonjon Olimov a affirmé avoir reconnu parmi ses tortionnaires un homme de confiance de cet ex-partenaire. Une source proche du dossier évoque des "relations mafieuses ouzbèques" comme toile de fond de cet enlèvement.
L'avancée de l'enquête et les mises en examen
Après sa libération, un chauffeur VTC a conduit le banquier jusqu'à la gare de Nice, d'où il a pris un TGV pour Paris afin de raconter son histoire à la police. Une information judiciaire a été ouverte le 29 juin par la Jirs de Paris pour des faits d'une extrême gravité.
Les chefs d'accusation retenus sont : arrestation, enlèvement et séquestration en bande organisée, extorsion en bande organisée avec arme, et association de malfaiteurs criminelle.
Les interpellations se sont succédé au fil des mois, démontrant la complexité et la dimension internationale du réseau.
- 29 juin : Un premier suspect est mis en examen et placé en détention provisoire.
- 24 juillet : Une femme, soupçonnée d'avoir servi d'appât, est arrêtée en Turquie sur la base d'un mandat d'arrêt international. Elle est remise à la France le 26 novembre, mise en examen et écrouée.
- 16-20 janvier : Quatre autres personnes sont interpellées et mises en examen, portant le total à six suspects.
Les rôles présumés des nouveaux suspects
Parmi les quatre dernières personnes mises en cause, les rôles semblent se préciser. Deux ont été placées en détention provisoire et deux sous contrôle judiciaire.
Une femme est soupçonnée d'avoir été au courant du projet d'enlèvement, étant une amie de "l'appât". Un autre homme aurait fourni un logement aux malfaiteurs. Un troisième aurait joué le rôle de chauffeur.
"Il n'a commis aucune violence dans cette affaire. L'instruction fera la part des choses sur le rôle de chacun et le contexte particulièrement flou de ces faits", a déclaré Me Julien Fresnault, l'avocat du chauffeur présumé.
Enfin, un quatrième homme a été appréhendé à l'aéroport de Nice alors qu'il s'apprêtait à embarquer pour la Géorgie, ce qui suggère une tentative de fuite. Il a fait appel de son placement en détention provisoire.
L'enquête se poursuit pour démanteler l'ensemble du réseau et identifier le ou les commanditaires de cette opération criminelle qui s'étend de Paris à la Côte d'Azur, avec des ramifications internationales.





