Apparue début 2023, la DZ Mafia a rapidement imposé ses méthodes ultra-violentes, transformant le paysage du trafic de drogue en France. Cette organisation, qualifiée de « menace majeure » par les autorités, utilise la terreur et les réseaux sociaux pour étendre son empire, de Marseille à Nice, marquant une rupture avec le grand banditisme traditionnel.
Le journaliste d'investigation Jean-Michel Verne, dans son livre « Inside DZ Mafia », décrypte la montée en puissance de ce cartel d'un nouveau genre. Il décrit une structure qui s'inspire des cartels sud-américains et qui n'hésite pas à employer une violence aveugle pour asseoir son autorité, un phénomène qu'il qualifie de « narcoterrorisme ».
Points Clés
- La DZ Mafia est considérée comme une « menace majeure » pour la sécurité publique en France par l'Office anti-stupéfiants (Ofast).
- L'organisation utilise les réseaux sociaux pour recruter des tueurs et communiquer, marquant une rupture avec le banditisme traditionnel.
- Le concept de « narcoterrorisme » est utilisé pour décrire ses méthodes, visant à semer la terreur au sein de la population.
- L'incendie mortel du quartier des Moulins à Nice en juillet 2024 est vu comme un tournant, marquant l'arrivée de ces nouvelles pratiques sur la Côte d'Azur.
- La corruption de l'appareil d'État et l'infiltration de l'économie légale sont identifiées comme des risques majeurs à long terme.
Une nouvelle ère de criminalité
Le crime organisé en France a changé de visage. Loin des parrains à l'ancienne, une nouvelle organisation, la DZ Mafia, a émergé début 2023 à Marseille, apportant avec elle des méthodes d'une brutalité inédite. Selon les spécialistes, cette structure fonctionne comme une « start-up du crime », agile et décentralisée.
L'acte de naissance public de la DZ Mafia remonte à mars 2023. Un jeune homme de 18 ans, Matteo F., se filme en train de tuer un rival et de mettre le feu au véhicule. La vidéo, rapidement diffusée sur les réseaux sociaux, est accompagnée d'un message clair : « Nous, on est la DZ Mafia ». Cet événement a marqué un tournant, illustrant une stratégie de communication basée sur la terreur et la viralité.
L'utilisation stratégique des réseaux sociaux
Ce qui distingue la DZ Mafia, c'est son utilisation intensive des technologies modernes. Les réseaux sociaux ne sont pas seulement un outil de propagande, mais une plateforme logistique essentielle. Ils servent à recruter des tueurs, souvent très jeunes et surnommés « baby killers », prêts à commettre des crimes pour quelques milliers d'euros. Ils permettent aussi de coordonner les opérations et de blanchir l'argent.
Cette approche numérique rompt totalement avec les codes du milieu traditionnel, où la discrétion était la règle d'or. La DZ Mafia, au contraire, recherche l'exposition pour asseoir sa réputation et intimider ses concurrents.
Qu'est-ce que le « haut du spectre » ?
L'Office anti-stupéfiants (Ofast) classe les organisations criminelles en fonction de leur niveau de menace. Le « haut du spectre » désigne les groupes les plus dangereux et les mieux structurés, capables de déstabiliser la sécurité nationale. La DZ Mafia a atteint ce niveau en un temps record, grâce à sa capacité à mutualiser des compétences variées : trafic, extorsion, blanchiment et violence extrême.
Du narcobanditisme au narcoterrorisme
Le terme « narcoterrorisme » est de plus en plus utilisé par les experts pour décrire les actions de la DZ Mafia. Cette notion implique un changement fondamental : l'objectif n'est plus seulement de contrôler un territoire ou d'éliminer un concurrent, mais de terroriser la population et les institutions.
« Dans le terrorisme, il y a terreur. Donc il faut faire peur. C’est pour ça qu’on parle de narcoterrorisme », explique le journaliste Jean-Michel Verne, auteur d'une enquête approfondie sur le sujet.
Cette stratégie s'est manifestée de manière spectaculaire à plusieurs reprises. À Nîmes, durant l'été 2024, des individus liés à la DZ Mafia ont diffusé un communiqué menaçant de mort quiconque sortirait dans la rue, y compris les enfants. Cette menace a conduit le maire à instaurer un couvre-feu, démontrant l'impact direct de ces groupes sur la vie publique et l'autorité de l'État.
L'évasion de Mohamed Amra, où deux agents pénitentiaires ont été tués, est un autre exemple de cette violence décomplexée. Les assaillants ont tiré sans distinction, leur but étant de libérer leur chef, quel qu'en soit le coût humain. Cette logique du « on tire dans le tas » est une signature de ce nouveau type de criminalité.
Inspiration des cartels mexicains
Les leaders de la DZ Mafia s'inspirent directement des méthodes des cartels latino-américains. L'un de ses membres influents, Amine O., est surnommé « Jalisco », en référence au puissant cartel mexicain du même nom. Il admire son chef, Nemesio Oseguera Cervantes. Cette fascination se traduit par l'importation de techniques de terreur et de contrôle territorial sur le sol français.
Nice, nouveau front du narcoterrorisme
La Côte d'Azur, et plus particulièrement Nice, n'est pas épargnée par cette nouvelle vague de violence. Historiquement, la ville a toujours été un territoire important pour le grand banditisme. Cependant, un événement récent a marqué un point de bascule.
Le 17 juillet 2024, un incendie criminel dans un immeuble du quartier des Moulins a causé la mort de sept personnes, toutes des victimes innocentes. Pour les enquêteurs et les observateurs, cet acte n'avait pas pour seul but de régler un compte. Il visait avant tout à semer la peur et à affirmer une domination sur le territoire. Cet événement tragique est considéré comme l'entrée de Nice dans l'ère du narcoterrorisme.
La méthode est la même que celle observée dans d'autres villes : utiliser une violence spectaculaire et aveugle pour marquer les esprits et dissuader toute forme de résistance, qu'elle vienne de gangs rivaux ou des habitants eux-mêmes.
Les défis pour l'État : corruption et infiltration
Face à la puissance financière de la DZ Mafia, un autre danger majeur émerge : la corruption. L'argent du trafic de drogue est si abondant qu'il peut potentiellement infiltrer et corrompre les institutions de l'État. Des cas ont déjà été signalés, notamment à Marseille.
- Corruption judiciaire : Une greffière a été impliquée pour avoir fourni des informations confidentielles à un membre d'un réseau après avoir consulté des fichiers de police. Le fait qu'elle soit la sœur d'une magistrate a renforcé les inquiétudes.
- Infiltration économique : L'objectif ultime de ces organisations est de blanchir l'argent sale en l'investissant dans l'économie légale. Cela peut passer par des prises de contrôle d'entreprises, l'obtention de marchés publics ou même le financement de campagnes politiques locales.
La création d'une cellule anticorruption au sein du tribunal judiciaire de Marseille témoigne de la prise de conscience de cette menace. Le risque, à terme, est de voir des pans entiers de l'économie et de la vie publique passer sous le contrôle de ces réseaux criminels, comme cela a été observé en Sicile avec Cosa Nostra.
La question qui se pose aujourd'hui est de savoir si les mesures prises, comme la création de prisons de haute sécurité pour isoler les chefs de réseaux, seront suffisantes. Les autorités affirment agir, mais en privé, de nombreuses sources expriment leur pessimisme, craignant que le point de non-retour ait déjà été atteint.





