Dans le quartier de L'Ariane à Nice, une méthode de coaching parental unique transforme la réussite scolaire de dizaines d'enfants. Cette initiative, portée par un ancien responsable associatif, vient de recevoir le soutien de Philippe Aghion, lauréat du prix Nobel d'économie, qui y voit un modèle pour libérer les potentiels inexploités.
Le projet, simple en apparence mais rigoureux dans son application, repose sur l'implication directe des parents dans le suivi scolaire quotidien de leurs enfants. Depuis son lancement en 2017, le dispositif a vu le nombre de participants passer de six à près de 200, démontrant un besoin et un succès grandissants.
Les points clés
- Philippe Aghion, prix Nobel d'économie 2025, est le parrain d'un programme de coaching parental à Nice.
- L'initiative vise à améliorer la réussite scolaire des enfants du quartier de L'Ariane.
- Le programme, créé par Razak Fetnan, implique 180 enfants et leurs familles.
- La méthode repose sur des exercices quotidiens et un suivi parental strict.
- Une évaluation scientifique est prévue fin 2026 pour envisager une extension du dispositif.
Le concept du "Coach Razak"
Au cœur de cette transformation se trouve Razak Fetnan, un retraité du milieu associatif niçois. En 2017, motivé par le désir de lutter contre les fractures sociales et d'améliorer le niveau scolaire, il a lancé un système de coaching parental. Son objectif n'est pas de remplacer les enseignants, mais de renforcer le trio essentiel à la réussite : l'enfant, les parents et l'école.
La méthode est directe : pour un euro symbolique, les familles reçoivent des livrets d'exercices. La règle est simple : faire deux exercices par jour, six jours sur sept. Ce n'est pas du soutien scolaire traditionnel, mais un entraînement constant qui vise à installer des habitudes de travail et de rigueur.
"Il s'agit d'aider les parents à aider leurs enfants à réussir", explique souvent Razak Fetnan. Il insiste sur la régularité et l'effort, avec une attention particulière portée aux mathématiques dès le plus jeune âge.
Un suivi qui ramène les parents à l'école
Le rôle de Razak Fetnan va au-delà de la simple distribution de matériel. Il assure un suivi hebdomadaire, contacte les parents, les encourage et crée une dynamique de groupe. Cette implication a un effet direct sur la relation entre les familles et l'institution scolaire.
Chloé Bettini, enseignante à l'école Jacques-Prévert où le dispositif est expérimenté, confirme son impact. "Un enfant bien suivi est un enfant qui réussit. Le coach Razak a ramené les parents à l’école et les résultats sont là", témoigne-t-elle. Elle souligne que le manque d'implication parentale n'est souvent pas dû à un désintérêt, mais à un manque de codes, une barrière que le coaching aide à surmonter.
Le programme en chiffres
- 180 enfants suivis, du primaire à la 3e.
- 6 jours sur 7 d'exercices.
- 2 exercices par jour.
- 1 euro symbolique pour les livrets scolaires.
Le soutien d'un prix Nobel
L'efficacité du programme a attiré l'attention de Philippe Aghion, lauréat du prix Nobel d'économie 2025. Pour le chercheur, l'éducation est un levier fondamental de croissance économique et de justice sociale. Il soutient l'initiative via son campus de l'innovation au Collège de France.
"Notre grande ressource de croissance et de prospérité, c’est l’intelligence humaine", affirme Philippe Aghion. Il dénonce le fait que dans les quartiers populaires, "il y a des Einstein et des Marie Curie perdus".
Pour l'économiste, le fait que des enfants talentueux ne puissent pas réaliser leur potentiel en raison de leur environnement est à la fois "un scandale et un gâchis pour l'économie française". Son parrainage offre une visibilité nationale au projet niçois et une validation de son approche.
Des familles engagées et fières
Le succès du dispositif repose avant tout sur l'adhésion des familles. Khadija Dogui, mère de trois filles, participe activement. "Tous les jours, même pendant les vacances d'été, on s’assied dix minutes avec les enfants, on éteint les téléphones et on travaille", raconte-t-elle.
Elle décrit une communauté de parents qui s'encouragent mutuellement et rendent des comptes au coach. Cet engagement change non seulement les résultats scolaires, mais aussi la perception que les familles ont d'elles-mêmes.
Le classement PISA, un enjeu national
Le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) est une évaluation menée par l'OCDE qui mesure les compétences des élèves de 15 ans en lecture, mathématiques et sciences. Les résultats de la France dans ce classement sont souvent jugés décevants, ce qui alimente les débats sur l'efficacité du système éducatif. L'initiative de L'Ariane est perçue comme une réponse locale et concrète à ce défi national.
"On est des enfants d’immigrés, nos parents ne parlaient pas français mais on veut faire mentir les préjugés selon lesquels les enfants de quartier ne sont bons qu’à tenir la serpillière ou le pinceau", déclare Khadija Dogui. Cette fierté est partagée par de nombreuses mères qui se sentent investies d'un nouveau rôle, comme le note Bénédicte Berner, une chercheuse qui collabore avec Philippe Aghion.
Vers une reconnaissance scientifique
Si les témoignages positifs abondent, l'étape suivante est de mesurer scientifiquement l'impact du programme. Une évaluation rigoureuse est prévue pour la fin de l'année 2026. Les enfants suivis par Razak Fetnan passeront des tests basés sur le modèle de l'évaluation PISA.
Les résultats de cette étude seront déterminants. Si les données confirment l'efficacité du coaching parental, le modèle pourrait être étendu. L'objectif final serait de proposer ce système à l'ensemble des écoles de l'Académie de Nice, voire au-delà.
En attendant, à L'Ariane, des dizaines d'enfants continuent chaque jour de faire leurs exercices sous le regard de leurs parents, prouvant que la réussite scolaire peut aussi se construire en dehors des murs de la classe, grâce à la volonté d'un homme et à l'engagement de toute une communauté.



