Le nouveau Plan Local de l'Habitat (PLH) de la Métropole Nice Côte d'Azur a été adopté dans un climat de vive tension le 22 octobre dernier. Malgré un vote majoritaire, le document, qui fixe les objectifs de construction de logements pour les prochaines années, a ravivé les fractures politiques sur la question cruciale du logement social et de la crise immobilière qui frappe le territoire.
Entre des objectifs jugés trop modestes par les uns et irréalistes par les autres, les débats ont mis en lumière les profondes divergences sur la stratégie à adopter pour loger les habitants de la métropole, confrontés à la flambée des prix et à la rareté des biens disponibles.
Les points clés
- Le 4ème Plan Local de l'Habitat prévoit la construction de 2800 logements par an.
- 40% de la production sera dédiée au logement social, un objectif en deçà des exigences de la loi SRU.
- L'opposition dénonce des ambitions revues à la baisse et une situation du logement alarmante.
- La majorité défend un plan "réaliste" face à une conjoncture économique difficile.
Un plan aux ambitions contestées
Le nouveau PLH, quatrième du nom, établit une feuille de route pour la construction de logements jusqu'en 2030. L'objectif affiché est de produire environ 2800 logements neufs chaque année. La répartition de cette production est au cœur des débats : 40 % seront destinés au marché libre, 40 % au logement social et à l'accession sociale, et les 20 % restants au logement dit "abordable", une catégorie intermédiaire.
La majorité métropolitaine, par la voix de son vice-président en charge du logement, Anthony Borré, défend un plan pragmatique. Selon l'exécutif, ces objectifs, bien que plus modestes que ceux du plan précédent, tiennent compte du "contexte de crise immobilière qui impacte très fortement la construction".
Cependant, ce réalisme affiché est perçu comme un manque d'ambition par l'opposition. Le choix assumé de ne pas se conformer à la loi Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU), qui impose un seuil de 25 % de logements sociaux dans les communes les plus importantes, est particulièrement critiqué.
Le diagnostic sévère de l'opposition écologiste
L'élu écologiste Jean-Christophe Picard a dressé un portrait très sombre de la situation du logement sur le territoire, qualifiant le contexte de "digne d'Halloween". Il a appuyé son propos sur une série de chiffres chocs pour illustrer l'ampleur de la crise.
Le logement dans la Métropole en chiffres
- 42 000 logements vacants, dont 8 000 inoccupés depuis plus de deux ans.
- 17 % de résidences secondaires, contre une moyenne nationale de 10 %.
- 12 500 annonces de meublés touristiques de type Airbnb.
- 29 % du parc privé est considéré comme une passoire thermique (étiquettes E, F ou G).
Face à ce constat, M. Picard juge les objectifs du nouveau PLH largement insuffisants. Il a rappelé que le plan précédent, qui visait 1700 logements sociaux par an, n'avait été rempli qu'à 70 %. Le nouvel objectif, abaissé à 1250 unités annuelles, est loin du compte selon lui.
"Il faudrait construire 3492 logements sociaux par an pour respecter la réglementation", a-t-il affirmé lors des débats, soulignant un manque de plus de 30 000 appartements HLM sur le territoire.
Les mesures prévues pour inciter à la remise sur le marché des nombreux logements vacants sont également jugées trop timides par les élus écologistes.
La majorité défend son bilan et ses choix
Face à ces critiques, le vice-président Anthony Borré a défendu les actions menées. Il s'est dit "plutôt fier" des réalisations du précédent plan, accomplies malgré une "conjoncture très dégradée". Il a mis en avant les efforts de la Métropole dans la lutte contre l'habitat indigne, avec la mise en place prochaine d'un "permis de louer" destiné à contrer les marchands de sommeil.
M. Borré a également rappelé le plan d'investissement de 300 millions d'euros déployé par le bailleur social Côte d'Azur Habitat, qu'il préside, pour la rénovation et la construction de logements.
La loi SRU au cœur des tensions
La loi Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU), adoptée en 2000, impose aux communes de plus de 3 500 habitants de disposer d'un minimum de 20 % ou 25 % de logements sociaux. Les communes qui ne respectent pas ce quota sont soumises à des pénalités financières. Dans les Alpes-Maritimes, de nombreuses communes sont régulièrement sanctionnées, invoquant souvent le manque de foncier disponible pour justifier leur retard.
Des échanges houleux entre élus
La discussion a pris une tournure particulièrement vive lorsque Xavier Beck, maire de Cap d'Ail et proche d'Éric Ciotti, a pris la parole. Qualifiant la loi SRU d'"injuste", il a annoncé voter contre le plan, jugeant ses objectifs "inatteignables".
"Je paie des amendes alors qu’il n’y a pas de foncier chez nous, c’est mission impossible", a-t-il lancé, interpellant directement le président de la Métropole.
La réponse de Christian Estrosi a été cinglante, qualifiant les propos de son opposant de "propos de bistrot" et l'accusant de "mépris". L'échange tendu a illustré les frustrations et les blocages politiques qui entourent la question du logement social, notamment dans les communes du littoral où le terrain se fait rare et cher.
De son côté, l'élu d'extrême droite Philippe Vardon a dénoncé une "loi socialo-communiste impossible à respecter", liant les difficultés du logement social à une "immigration massive et incontrôlée", un argument récurrent de son parti.
Au-delà des querelles politiques, l'adoption de ce plan révèle les défis immenses auxquels la Métropole Nice Côte d'Azur est confrontée. Entre la nécessité de loger sa population, notamment les foyers les plus modestes, et les contraintes d'un marché immobilier en crise, l'équilibre semble difficile à trouver. Les prochaines années montreront si ce nouveau plan, jugé trop timide par certains, parviendra à inverser la tendance.





