Le maire de Nice, Christian Estrosi, fait face à des interrogations concernant une rémunération de 47 453 euros perçue sur deux ans pour un rôle de censeur au sein d'une entreprise de maintenance aéronautique. Des représentants syndicaux s'interrogent sur la réalité du travail fourni, une situation qui met en lumière les questions de transparence pour les élus.
Cette somme, déclarée à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), correspond à des jetons de présence versés par la société Revima Holding, dont le siège est situé à plusieurs centaines de kilomètres de la Côte d'Azur.
Points Clés
- Christian Estrosi a perçu 47 453 euros de la société Revima Holding en 2022 et 2023.
- Cette rémunération est liée à sa fonction de censeur au conseil de surveillance.
- La CGT de l'entreprise affirme ne l'avoir vu qu'une seule fois et questionne la nature de sa contribution.
- Le maire de Nice n'a pas encore commenté publiquement cette affaire, pas plus que la direction de l'entreprise.
Une rémunération qui interpelle
Au cœur de l'affaire se trouvent des versements effectués par la SAS Revima Holding à Christian Estrosi. Selon sa propre déclaration d'intérêts et d'activités déposée auprès de la HATVP le 7 mars 2024, le maire de Nice a perçu 7 453 euros en 2022, puis 40 000 euros en 2023.
Ces montants correspondent à des jetons de présence pour sa fonction de censeur au conseil de surveillance de l'entreprise. C'est le syndicat CGT de Revima qui a soulevé les premières questions sur la contrepartie réelle de ces sommes. Les représentants du personnel se montrent particulièrement critiques.
« Christian Estrosi a reçu 47 453 euros de jetons de présence comme censeur au conseil de surveillance. Or on ne l’a vu qu’une seule fois dans l’entreprise. Quel travail a-t-il fourni ? Ça ne représente aucune valeur ajoutée. Nous trouvons ces pratiques inadmissibles. »
Cette déclaration met en doute l'implication effective de l'élu dans les activités de surveillance pour lesquelles il est rémunéré. Malgré plusieurs sollicitations, ni Christian Estrosi ni le président de Revima Holding, Olivier Legrand, n'ont apporté de précisions sur la nature exacte de ses missions.
Qu'est-ce qu'un censeur dans une entreprise ?
La fonction de censeur, pour laquelle Christian Estrosi est rémunéré, est un rôle spécifique au sein des instances de gouvernance de certaines entreprises. Ce n'est pas un poste réglementé par la loi de manière stricte, mais une fonction dont les contours sont définis par les statuts de la société.
Le rôle du censeur
Un censeur est généralement une personne d'expérience invitée à siéger au conseil d'administration ou de surveillance pour apporter son expertise. Il participe aux réunions, peut donner son avis, mais ne dispose pas du droit de vote. Sa mission est avant tout consultative. Il peut être chargé de veiller au respect des statuts et d'éclairer les administrateurs sur des points techniques ou stratégiques.
La rémunération d'un censeur se fait le plus souvent par le biais de jetons de présence, dont le montant est fixé par l'assemblée générale des actionnaires. La question soulevée par les syndicats ne porte pas sur la légalité de la fonction ou de sa rémunération, mais sur l'assiduité et la contribution réelle de l'élu à la vie de l'entreprise.
Revima Holding, une entreprise en pleine croissance
L'entreprise au centre de cette affaire, Revima, est un acteur majeur dans son secteur. Loin de la sphère politique niçoise, son siège est basé à Rives-en-Seine, en Seine-Maritime.
Spécialisé dans la maintenance aéronautique, le groupe s'occupe de l'entretien de pièces critiques comme les trains d'atterrissage, les groupes auxiliaires de puissance et des composants de moteurs d'avions. Il s'agit d'un secteur de haute technologie qui demande une expertise pointue.
Revima en chiffres
- Plus de 1 200 collaborateurs en France et en Asie.
- Un chiffre d'affaires de 420 millions d'euros en 2024.
- Une croissance de 35 % en un an, portée par la reprise du trafic aérien mondial.
La forte croissance de Revima témoigne de sa bonne santé financière et de sa position stratégique sur le marché. C'est dans ce contexte économique favorable que la rémunération de son censeur est examinée de près par les représentants du personnel, qui estiment que les bénéfices de l'entreprise devraient avant tout profiter aux salariés.
Transparence et obligations des élus
Cette affaire soulève une nouvelle fois la question des activités annexes des responsables politiques et de la transparence qui doit les entourer. La déclaration de Christian Estrosi à la HATVP est conforme à ses obligations légales. La loi impose en effet aux principaux élus et membres du gouvernement de déclarer l'ensemble de leurs activités, rémunérations et participations financières afin de prévenir les conflits d'intérêts.
Cependant, la simple déclaration ne suffit pas à éteindre les interrogations. L'enjeu est également éthique : les citoyens sont en droit de savoir comment leurs élus occupent leur temps et pour quelles activités ils sont rémunérés en dehors de leurs mandats publics.
Alors que Christian Estrosi est candidat à un quatrième mandat à la mairie de Nice, cette situation pourrait devenir un sujet de débat durant la campagne électorale. Le silence actuel du maire et de la direction de l'entreprise laisse la place aux spéculations et renforce les demandes de clarification de la part des syndicats et de l'opinion publique.
Pour l'heure, le président de Revima Holding, Olivier Legrand, a renvoyé la responsabilité des explications à l'intéressé. « Je laisse le soin à Christian Estrosi de s’expliquer lui-même sur son rôle », a-t-il indiqué. Une explication qui est désormais attendue pour clore le débat.





