Lors d'une interview récente, l'ancien Garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti a exprimé une opinion sans équivoque sur les élections municipales de 2026 à Nice. Bien que n'étant pas électeur dans la ville, celui qui y réside une partie de l'année a déclaré qu'il ne voterait ni pour Éric Ciotti, ni pour l'actuel maire, Christian Estrosi.
Cette double prise de position, formulée avec des mots forts, secoue le paysage politique local à l'approche d'une échéance électorale qui s'annonce déjà tendue. Les critiques de l'avocat pénaliste visent des aspects très différents des deux personnalités politiques, allant du positionnement idéologique à la loyauté politique.
Points Clés
- Éric Dupond-Moretti affirme qu'il ne soutiendrait ni Éric Ciotti ni Christian Estrosi pour la mairie de Nice en 2026.
- Il qualifie l'alliance d'Éric Ciotti de choix du "déshonneur" et réaffirme son opposition à l'extrême-droite.
- Il critique Christian Estrosi pour sa "trahison" envers Emmanuel Macron, jugeant choquant son appel à la démission du Président.
- Ces déclarations s'inscrivent dans un contexte de pré-campagne tendu, marqué par des rivalités politiques et personnelles.
Une prise de parole qui agite la scène niçoise
Interrogé sur ses préférences pour le futur maire de la capitale azuréenne, Éric Dupond-Moretti n'a pas eu recours à la langue de bois. Sa réponse fut directe et sans appel : « Je ne voterais pas pour Éric Ciotti [ni] pour Christian Estrosi ». Une déclaration qui prend un relief particulier venant d'une figure politique nationale de premier plan, également connu pour son attachement à la ville de Nice où il séjourne régulièrement.
Cette position nette place l'ancien ministre de la Justice en observateur critique des deux principaux protagonistes annoncés de la future bataille municipale. Ses arguments, développés au cours de l'entretien, dessinent une double ligne de fracture : l'une idéologique, l'autre morale.
Éric Ciotti : une opposition de principe à "l'extrême-droite"
Le jugement d'Éric Dupond-Moretti sur le président du parti Union des droites pour la République est particulièrement sévère. Il fonde sa critique sur un engagement personnel profond, décrivant la lutte contre l'extrême-droite comme « le combat de ma vie ».
L'avocat rappelle ses propos tenus lorsque Éric Ciotti a quitté sa famille politique d'origine, Les Républicains, pour s'allier avec le Rassemblement National.
« Quand il a quitté une famille qui avait été celle de Christian Estrosi, j’ai dit qu’il avait choisi le déshonneur. On ne peut pas être plus dur. Je ne roule pas pour lui. »
Cette condamnation est sans appel. Pour Dupond-Moretti, le positionnement politique d'Éric Ciotti représente une ligne rouge infranchissable. Il ne s'agit pas d'une simple divergence d'opinions, mais d'une opposition frontale à des valeurs qu'il considère comme fondamentales.
Contexte politique local
La rivalité entre Christian Estrosi et Éric Ciotti n'est pas nouvelle. Longtemps alliés au sein de la même famille politique de droite, leur rupture est devenue l'un des feuilletons majeurs de la politique niçoise et nationale. Les élections municipales de 2026 sont perçues comme l'affrontement ultime entre ces deux figures qui dominent la vie politique locale depuis des années.
Christian Estrosi : le reproche de la "trahison" politique
Si la critique envers Éric Ciotti est d'ordre idéologique, celle qui vise Christian Estrosi se place sur le terrain de la loyauté politique. Éric Dupond-Moretti se dit « choqué » par l'attitude du maire de Nice envers le président de la République.
Le point de friction principal est l'appel de Christian Estrosi à la démission d'Emmanuel Macron, une prise de position que l'ancien ministre juge inacceptable de la part de quelqu'un qui a soutenu le Président par le passé.
« J’ai été choqué que l’on puisse demander au président de la République de démissionner, surtout quand on l’a soutenu », a-t-il précisé. Cette remarque met en lumière ce qu'il perçoit comme une forme de trahison et un manque de cohérence politique.
Un précédent tendu
Les relations entre Éric Dupond-Moretti et Christian Estrosi ont déjà été marquées par une vive altercation publique. Un incident dans un restaurant du Vieux-Nice, où des insultes auraient été échangées, avait défrayé la chronique. Si l'ancien ministre assure ne pas revenir sur cette friction, elle constitue une toile de fond à leurs rapports complexes.
Un regard distant sur le bilan municipal
Au-delà des critiques personnelles, Éric Dupond-Moretti reste prudent quant à l'évaluation du travail de l'actuel maire. Il reconnaît la beauté de Nice, mais se garde bien d'attribuer ce charme à l'action de son édile. Il adopte une posture d'observateur extérieur, laissant le soin aux électeurs de juger.
« Il a été réélu à plusieurs reprises, je pense que les électeurs ont pu considérer qu’il avait fait des choses bonnes pour sa ville », concède-t-il, avant d'ajouter : « Mais je ne vais pas défendre le bilan de l’un et dire que l’autre n’a rien fait. Je ne me place pas sur ce terrain-là. »
Cette neutralité sur le bilan contraste fortement avec la dureté de ses jugements sur les hommes. En renvoyant dos à dos les deux principaux candidats potentiels, Éric Dupond-Moretti ouvre, peut-être involontairement, un espace pour une troisième voie, même si d'autres candidats, comme l'écologiste Jean-Marc Governatori, sont déjà en lice.
Alors que la campagne pour 2026 n'est pas encore officiellement lancée, cette intervention médiatique jette une lumière crue sur les fractures et les tensions qui animent déjà la vie politique niçoise. Elle rappelle que les enjeux de cette élection dépasseront largement le cadre local, impliquant des questions de positionnement idéologique et de loyauté au plus haut niveau de l'État.





