Le Centre Antoine-Lacassagne, établissement de référence dans la lutte contre le cancer à Nice, traverse une période de fortes turbulences financières. Un déficit prévisionnel de près de 6 millions d'euros suscite l'inquiétude des syndicats, qui craignent des conséquences directes sur le personnel soignant et la qualité des soins, tandis que la direction évoque une situation de "tension" maîtrisée.
Points Clés
- Le Centre Antoine-Lacassagne fait face à un déficit estimé entre 5,8 et 6 millions d'euros.
- Les syndicats alertent sur le non-renouvellement de contrats, visant particulièrement les aides-soignantes de nuit.
- La direction confirme des "ajustements organisationnels" mais réfute le terme de "crise", inscrivant la situation dans un contexte national difficile pour les hôpitaux.
- Le dialogue social est tendu, les syndicats dénonçant un manque de concertation.
Un déficit budgétaire qui alarme les syndicats
L'annonce a été faite aux représentants du personnel dès le mois d'août : les prévisions budgétaires pour le Centre Antoine-Lacassagne étaient loin d'être atteintes. Les syndicats FO et CGT avancent un chiffre alarmant : un déficit qui pourrait atteindre entre 5,8 et 6 millions d'euros par rapport à l'état prévisionnel des recettes et des dépenses.
Cette situation financière a immédiatement déclenché une vague d'inquiétude parmi les salariés. Richard Dalmas, délégué CGT, a exprimé de vives préoccupations concernant l'avenir proche, notamment sur l'organisation des services. "On est mi-décembre et on ne connaît toujours pas le planning des aides-soignantes pour janvier. La situation devient très problématique", a-t-il alerté.
Un contexte national tendu
La direction du centre souligne que ces difficultés ne sont pas isolées. De nombreux établissements hospitaliers en France sont actuellement confrontés à des contraintes budgétaires similaires, dues à des facteurs macro-économiques et à l'évolution des financements de la santé.
Des craintes pour le personnel et les patients
Au cœur des préoccupations syndicales se trouvent les mesures d'économie envisagées par la direction, qui porteraient principalement sur la masse salariale. Il n'est pas question de licenciements, mais plutôt de non-remplacements de départs et de non-reconduction de contrats courts.
Les aides-soignantes en première ligne
La situation la plus critique concerne les aides-soignantes de nuit. Selon les syndicats, leurs effectifs pourraient être réduits de moitié. Jacqueline Angelet, déléguée FO, parle d'une "extrême angoisse" chez ces professionnelles, qui sont dans l'incertitude la plus totale. Elle estime que neuf à dix équivalents temps plein ne seraient pas reconduits.
"Par glissement, les infirmières se retrouveraient dans l’obligation de compenser certains actes et donc, à toute fin, cela a aussi un impact sur les patients."
Cette réorganisation forcée fait craindre une dégradation des conditions de travail et, par conséquent, de la prise en charge des personnes malades. Lydia Zedda, de la CGT, s'étonne de la stratégie de l'établissement qui, en parallèle, souhaite relancer son activité d'hématologie. "Les efforts ne peuvent pas reposer majoritairement sur une catégorie de personnel", a-t-elle souligné.
La direction parle d'une "période de tension"
Interrogé sur la situation, le directeur général du Centre Antoine-Lacassagne, le Professeur Emmanuel Barranger, reconnaît les difficultés mais se veut rassurant. Il confirme que "l'établissement traverse actuellement une période de tension budgétaire", mais insiste sur le fait que "ce n'est ni une surprise, ni une situation ignorée".
Le budget prévisionnel 2026, incluant les mesures d'ajustement, a été examiné et validé par le conseil d'administration de l'établissement le 16 décembre, en présence de représentants de l'État et de l'Agence Régionale de Santé.
Le Professeur Barranger confirme que des "ajustements organisationnels sont en cours". Il se dit à l'écoute des inquiétudes légitimes du personnel et assure que le dialogue social est "ouvert, constant".
"Il ne s’agit donc pas d’une crise, mais d’un moment de tension qui appelle responsabilité et action collective, dans l’intérêt des patients comme des professionnels."
Un dialogue social mis à l'épreuve
Malgré les assurances de la direction, les syndicats déplorent un manque de concertation et la "brutalité des méthodes". Ils estiment que le personnel n'est pas suffisamment consulté et associé aux décisions qui impactent directement son quotidien et l'organisation des soins.
Lors du conseil d'administration du 16 décembre, les organisations syndicales ont exprimé leur opposition aux mesures présentées, un désaccord que la direction qualifie de "légitime" et faisant "partie du débat".
La situation au Centre Antoine-Lacassagne illustre un dilemme de plus en plus fréquent dans le secteur de la santé : comment concilier des contraintes budgétaires croissantes avec le maintien d'un service public de qualité et des conditions de travail respectueuses pour les soignants. Les prochaines semaines seront décisives pour voir si un terrain d'entente peut être trouvé entre la direction et le personnel pour surmonter cette période difficile.





