La tension monte sur la scène politique niçoise. L'opposition écologiste a officiellement demandé l'intervention du préfet des Alpes-Maritimes pour faire annuler deux événements médiatiques organisés par la Mairie de Nice et la Métropole. Ces présentations, prévues lundi, visent à dévoiler les conclusions d'un audit financier jugé favorable à la gestion de l'équipe de Christian Estrosi.
Points Clés
- L'opposition écologiste a saisi le préfet pour infraction présumée au Code électoral.
- La Mairie et la Métropole prévoient de présenter un audit financier positif devant la presse.
- L'événement est qualifié de "propagande électorale" par l'opposition, la période pré-électorale ayant débuté le 1er septembre.
- Les élus d'opposition affirment ne pas avoir eu accès aux rapports d'audit, ce qui entrave leur droit à l'information.
Un audit financier au cœur de la controverse
Lundi prochain, la Mairie de Nice et la Métropole Nice Côte d'Azur ont convié les journalistes à assister à la présentation des résultats d'un audit financier. Menée par le cabinet privé Klopfer, cette analyse porterait sur la santé financière des deux collectivités.
Selon les informations communiquées en amont par l'administration, les conclusions de l'étude sont très positives. Elles mettraient en lumière "la situation financière très solide de la Ville et de la Métropole", ainsi qu'une "gestion rigoureuse". L'audit soulignerait également la capacité des collectivités à maintenir les équilibres budgétaires tout en poursuivant une politique d'investissement ambitieuse.
Un format de présentation inhabituel
Le déroulement de l'événement suscite des interrogations. Il ne s'agirait pas d'une conférence de presse classique où le maire répondrait directement aux questions. L'invitation précise que c'est Christian Escallier, le directeur général du cabinet Klopfer, qui prendra la parole devant les élus locaux, en présence des médias.
Cette mise en scène est perçue par certains comme une manière de mettre en avant une expertise externe et objective pour valider la gestion municipale, à un moment stratégique du calendrier politique.
Le contexte du Code électoral
L'article L52-1 du Code électoral français encadre strictement la communication des collectivités territoriales dans l'année précédant une élection générale. Il interdit notamment toute "campagne de promotion publicitaire des réalisations ou de la gestion d'une collectivité". Cette période a officiellement débuté le 1er septembre 2024 pour les élections municipales de 2026.
L'opposition dénonce une "propagande électorale"
Pour le groupe d'opposition Nice Écologique, cette initiative est inacceptable. L'élu Jean-Christophe Picard, ancien président de l'association de lutte contre la corruption Anticor, a immédiatement réagi en saisissant le préfet des Alpes-Maritimes, Laurent Hottiaux.
Dans un courrier adressé au représentant de l'État, il qualifie ces présentations de "conférences de presse déguisées" et estime qu'elles sont "totalement illégales".
"Je vous demande de bien vouloir empêcher, en l'état, l'organisation de ces deux opérations de propagande électorale qui s'inscrivent indiscutablement dans le cadre de la campagne du candidat Estrosi", écrit Jean-Christophe Picard dans sa saisine.
Deux arguments juridiques principaux
La démarche de l'opposition repose sur deux piliers juridiques. Le premier est la violation présumée du Code électoral. "La Ville et la Métropole convoquent les médias justement dans le but de faire la promotion de leur gestion !", argumente l'élu écologiste, soulignant que cela contrevient directement à l'interdiction de promotion publicitaire en période pré-électorale.
Le second argument concerne le droit à l'information des élus. Jean-Christophe Picard affirme que les membres de l'opposition n'ont pas reçu les rapports du cabinet Klopfer avant la présentation à la presse. "Les élus d’opposition n’auront pas les rapports [...] ce qui est contraire au droit à l’information qui leur est reconnu. Ils ne seront donc pas en mesure d’apporter la contradiction", déplore-t-il.
Une bataille de communication
Cette affaire illustre la tension croissante à l'approche des élections municipales de 2026. L'utilisation d'audits externes pour valider une gestion politique est une stratégie de communication courante, mais son timing est ici au centre du débat. La majorité cherche à asseoir son bilan, tandis que l'opposition tente de faire respecter les règles du jeu électoral.
Quelle suite pour cette affaire ?
L'opposition espère une réaction rapide de la préfecture. Si le préfet ne donne pas suite à leur demande, les élus écologistes n'excluent pas de déposer un référé auprès du tribunal administratif pour obtenir en urgence la suspension des événements prévus lundi.
Cette procédure judiciaire d'urgence pourrait contraindre la Mairie et la Métropole à reporter ou à annuler leurs présentations, en attendant une décision sur le fond. Pour l'heure, ni la Ville ni la Métropole n'ont officiellement réagi à cette saisine.
L'issue de ce bras de fer politico-juridique sera suivie de près. Elle pourrait créer un précédent sur la manière dont les collectivités locales peuvent communiquer sur leur bilan à l'approche d'une échéance électorale majeure.





