Arrivé à Nice il y a un peu plus d'un an, Omar, un jeune homme d'une vingtaine d'années, reconstruit sa vie loin de son Bangladesh natal. Il a été contraint de fuir son pays en raison de son homosexualité, une orientation sexuelle considérée comme un crime passible de la prison à vie.
Aujourd'hui, il partage son histoire, un témoignage poignant sur la persécution, l'exil et l'espoir de vivre librement son amour. Accompagné par des associations locales, il a obtenu le statut de réfugié et rêve de devenir avocat pour défendre les personnes persécutées comme lui.
Points Clés de l'Histoire d'Omar
- Omar a fui le Bangladesh où l'homosexualité est illégale et passible de la prison à vie.
- Il a subi des violences physiques et psychologiques, y compris une agression et des menaces de mort.
- Après un long et dangereux périple, il a trouvé refuge à Nice et a obtenu le statut de réfugié en cinq mois.
- Son compagnon, Nasir, est toujours au Bangladesh et fait face à la pression d'un mariage forcé.
- Omar souhaite devenir avocat pour aider d'autres personnes LGBTQIA+ persécutées dans son pays d'origine.
Une vie cachée sous la menace
Au Bangladesh, un pays de plus de 170 millions d'habitants, l'homosexualité est criminalisée par une loi datant de l'époque coloniale britannique, en 1860. Cette législation, combinée à une pression sociale et religieuse croissante, rend la vie des personnes LGBTQIA+ extrêmement dangereuse.
Pour Omar, son quotidien était marqué par la peur. Les insultes et les brimades faisaient partie de sa jeunesse. La situation s'est aggravée lorsqu'il a rencontré Nasir, son compagnon. Leur relation, bien que vécue dans le secret, a attiré l'attention et intensifié la pression sur eux et leurs familles.
"Notre relation était cachée", explique Omar dans un français qu'il maîtrise déjà bien. "Même lorsque nous sommes allés à l'université dans une grande ville, pensant y trouver plus de liberté, la surveillance a continué."
L'agression qui a tout changé
Le point de bascule a été une nuit de 2023. Omar et Nasir ont été victimes d'une agression d'une violence inouïe. Ils ont été battus, violés et menacés avec une arme à feu. Leurs agresseurs ont ensuite révélé leur homosexualité à leurs familles respectives, brisant le peu de sécurité qu'ils avaient.
La réaction de la famille d'Omar a été immédiate et révélatrice de l'incompréhension qui règne sur le sujet. "Mon père a décidé de m'envoyer dans une école pour que je sois soigné et que je redevienne hétérosexuel", confie-t-il avec une voix calme mais chargée d'émotion.
"Je n'avais aucune information sur l'homosexualité. Je ne savais pas ce que c'était. Je pensais que c'était ma faute, que c'était une maladie."
C'est en faisant ses propres recherches sur Internet qu'Omar a compris que son orientation sexuelle n'était ni une faute, ni une maladie. Il a découvert que dans d'autres pays, comme la France, il pourrait vivre librement. La décision de partir était prise.
Un exil périlleux vers la France
Pour quitter le Bangladesh, Omar a dû faire preuve de ruse. Il a fait croire à sa famille qu'il partait se faire "soigner" dans un pays plus développé. "J'ai dit à ma famille que je voulais aller dans un pays développé pour m'aider à me guérir, car les traitements pour soigner les homosexuels y sont meilleurs. Ils m'ont cru et m'ont donné de l'argent pour le voyage."
Ce voyage s'est transformé en un périple de plusieurs mois, organisé par des passeurs. Omar reste discret sur les détails de cette traversée, mais la douleur dans son regard en dit long. "Il a été victime de nombreuses violences et tortures pendant son exil", confirme Erwann Le Ho, coordinateur du centre LGBTQIA+ de Nice qui l'accompagne depuis son arrivée.
Le Centre LGBTQIA+ de Nice : un soutien essentiel
Le Centre LGBTQIA+ Côte d'Azur, animé par une équipe de salariés et de bénévoles, joue un rôle crucial pour les personnes comme Omar. L'association accompagne environ 120 nouvelles personnes chaque année, offrant un soutien pour les démarches administratives, un suivi psychologique et une aide à l'intégration.
C'est en avril 2024 qu'Omar pose enfin le pied en France. Après un bref passage à Paris, il arrive à Nice, sur la Côte d'Azur. Il y trouve rapidement un réseau de soutien qui l'aide dans ses démarches.
Une nouvelle vie à Nice, le cœur au Bangladesh
L'intégration d'Omar à Nice a été remarquablement rapide. En seulement cinq mois, la préfecture des Alpes-Maritimes lui a accordé le statut de réfugié, reconnaissant le danger qu'il courait dans son pays.
"J'ai trouvé rapidement des personnes qui m'ont aidé et qui m'ont accompagné dans mes démarches, notamment pour trouver un appartement", se souvient-il. Cependant, les cicatrices de son passé sont profondes. "Son état de santé était particulièrement fragile lorsqu'il est arrivé. Il a immédiatement été suivi by un psychologue", précise Erwann Le Hô.
La situation de son compagnon Nasir
Si Omar est aujourd'hui en sécurité, son esprit reste tourné vers son compagnon, Nasir, resté au Bangladesh. "Il a essayé de venir en France. Il a été attrapé et renvoyé à sa famille", explique Omar. La situation de Nasir est critique : "Ils veulent le forcer à accepter un mariage hétérosexuel." Une cagnotte a été mise en place pour tenter d'aider Nasir à rejoindre Omar en France, afin qu'ils puissent enfin vivre leur amour au grand jour.
Aujourd'hui, Omar se projette dans l'avenir. Il suit une formation pour obtenir un CAP de réceptionniste et commencer sa vie professionnelle. Mais son ambition va bien au-delà. Il rêve de retourner, un jour, aider ceux qui sont restés.
"En tant qu'avocat ou autre, j'aimerais aider les personnes et les jeunes pour qu'ils assument leur identité sexuelle", affirme-t-il avec détermination. "Même si la situation ne change pas au Bangladesh, je veux travailler avec les personnes sur place pour aider le développement de mon pays, notamment pour informer."
Malgré la beauté de la promenade des Anglais qu'il "adore", rien ne remplace son pays et les souvenirs familiaux comme "le poulet curry de [sa] maman". Son histoire est celle d'un déracinement forcé, mais aussi celle d'un espoir inébranlable : celui de transformer sa douleur en une force pour les autres.





