À Nice, un jeune homme de 22 ans, devenu tétraplégique suite à un accident, a reçu une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) directement dans sa chambre d'hôpital. Hospitalisé depuis juillet, son avenir est suspendu à une décision administrative qui suscite l'incompréhension.
Youssef Lkibibi, originaire du Maroc, a vu sa vie basculer l'été dernier. Un plongeon dans la mer à Nice s'est terminé en drame, le laissant paralysé. Alors qu'il se remet de multiples opérations, deux policiers lui ont notifié son expulsion le 15 janvier, une situation jugée "clairement inhumaine" par son avocat.
Points Clés
- Un jeune homme de 22 ans, Youssef Lkibibi, est devenu tétraplégique après un accident de plongeon à Nice en juillet.
- Il a reçu une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) le 15 janvier, alors qu'il était hospitalisé au CHU de Nice.
- Son avocat a déposé un recours, arguant de l'état de santé de son client et de l'impossibilité de son expulsion.
- Un élan de solidarité s'est organisé autour de Youssef après des mois d'isolement à l'hôpital.
Un rêve brisé par un accident
Youssef Lkibibi avait quitté son village près de Tétouan, au Maroc, avec l'espoir de trouver une vie meilleure en Europe. Son objectif était l'Italie, où il espérait pouvoir travailler et obtenir une situation régulière. Nice n'était qu'une étape sur sa route.
En juillet dernier, il a décidé de se baigner avant de poursuivre son voyage. Un plongeon a mal tourné. Un choc violent, puis le vide. Il s'est réveillé à l'hôpital, son corps ne répondant plus. Après un mois et demi de coma et cinq interventions chirurgicales, le diagnostic est tombé : tétraplégie.
Pendant près de cinq mois, Youssef est resté seul, sans visite. C'est une infirmière qui, en trouvant un bout de papier avec des numéros de téléphone dans ses affaires, a réussi à joindre une de ses sœurs au Maroc. La famille, sans moyens, ne pouvait pas faire le déplacement.
La solidarité face à l'isolement
La sœur de Youssef a lancé un appel à l'aide sur les réseaux sociaux. Le message a été largement partagé, déclenchant une vague de soutien inattendue à Nice. La chambre d'hôpital de Youssef, longtemps vide, a commencé à se remplir de visiteurs.
Des jeunes et des membres de la communauté locale, touchés par son histoire, lui apportent des vêtements, de la nourriture et, surtout, du réconfort. Une cagnotte en ligne a également été créée pour l'aider à faire face aux dépenses futures.
L'Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF)
L'OQTF est une mesure administrative prise par la préfecture qui ordonne à un étranger en situation irrégulière de quitter la France dans un délai imparti, généralement 30 jours. L'état de santé d'une personne peut, dans certaines conditions, empêcher l'exécution d'une telle mesure si les soins nécessaires ne sont pas accessibles dans son pays d'origine.
Une décision administrative contestée
Le 15 janvier, la situation de Youssef a pris une tournure encore plus complexe. Deux policiers, accompagnés d'un interprète, se sont présentés dans sa chambre pour lui remettre une OQTF. Selon son entourage, Youssef, seul et ne comprenant pas pleinement la situation, aurait signé le document.
Son avocat, Maître Sefen Guez Guez, s'interroge sur la validité de cette procédure. "Comment un tétraplégique peut-il signer un document ?", demande-t-il. Il dénonce une décision prise sans aucune considération pour l'état de santé critique de son client.
"La loi doit servir l'humanité et, là, ce dossier est clairement inhumain ! La préfecture n'a aucunement pris en compte l'état de santé de Youssef dans sa décision." - Me Sefen Guez Guez, avocat de Youssef Lkibibi
L'avocat souligne que Youssef n'a aucun casier judiciaire. Il a immédiatement déposé un recours devant le tribunal administratif pour contester l'OQTF et prépare une demande de titre de séjour pour étranger malade.
Un avenir médical incertain
Le personnel soignant du CHU de Nice qui s'occupe de Youssef exprime de vives inquiétudes. Son état nécessite une rééducation intensive et spécialisée, qui devait commencer dans un centre adapté. La procédure d'expulsion a tout mis en suspens.
Selon un membre de l'équipe médicale, un renvoi au Maroc compromettrait gravement ses chances de récupération. Sa famille vit dans une région montagneuse, dans un logement inadapté à un fauteuil roulant. Les centres de soins spécialisés se trouvent à Rabat, à 500 kilomètres, et leurs coûts sont inaccessibles pour ses proches.
Malgré l'épreuve, Youssef continue de sourire et de remercier le personnel hospitalier et la France de lui avoir sauvé la vie. Son entourage, mobilisé, espère que l'humanité l'emportera sur la rigueur administrative. Sollicitée, la préfecture n'a pas souhaité communiquer sur ce dossier.





