Plus d'un millier de personnes ont défilé ce samedi 22 novembre dans les rues de Nice pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles. À l'appel du Collectif droits des femmes 06, les manifestants ont réclamé des actions concrètes de la part du gouvernement, notamment une loi-cadre et des moyens financiers à la hauteur des enjeux.
Points Clés de la Manifestation
- Plus de 1000 participants ont marché sur l'avenue Jean-Médecin à Nice.
- La principale revendication est l'instauration d'une loi-cadre intégrale, estimée à 3 milliards d'euros.
- Les manifestants dénoncent l'impunité des agresseurs et les coupes budgétaires subies par les associations.
- Le modèle espagnol, qui a permis de réduire drastiquement le nombre de féminicides, est cité en exemple.
Une vague violette pour briser le silence
Les rues de Nice ont résonné de slogans puissants ce samedi après-midi. "Violeurs, on vous voit, victimes on vous croit !" scandaient en chœur les participants, formant un cortège dense et déterminé sur l'avenue Jean-Médecin. La couleur violette, symbole de la lutte féministe, dominait parmi les pancartes et les vêtements.
Organisée par le Collectif droits des femmes 06, qui regroupe une trentaine d'associations et de syndicats, la manifestation visait à alerter sur une situation jugée alarmante. Selon les organisateurs, plus de mille personnes de tous âges et de tous horizons se sont rassemblées pour exprimer leur colère et leur solidarité.
Des chiffres qui glacent le sang
Les statistiques rappelées par les associations illustrent l'urgence de la situation en France :
- 149 féminicides ont été recensés depuis le début de l'année 2025.
- 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, principalement dans le cercle familial.
- Plus de 8 000 viols ou tentatives de viol se produisent annuellement sur le lieu de travail.
Des revendications claires et un budget chiffré
Au-delà de l'indignation, les manifestants portaient des demandes précises. La principale revendication est la mise en place d'une loi-cadre intégrale pour lutter contre toutes les formes de violence de genre. Ce dispositif, inspiré de ce qui existe déjà dans d'autres pays, permettrait une approche globale et coordonnée.
L'exemple espagnol comme modèle
Les militants prennent souvent en exemple le cas de l'Espagne, pionnière en la matière depuis près de vingt ans. Mercedes, une militante d'origine espagnole présente dans le cortège, souligne l'efficacité de cette approche.
"En Espagne, il y a quatre fois moins de féminicides qu'en France. Le budget consacré à cette lutte est sanctuarisé, il ne peut pas être remis en cause. Je ne comprends pas pourquoi la France hésite à suivre ce chemin qui a fait ses preuves."
Aleksandra, du collectif Nous Toutes de Grasse, abonde dans ce sens. "Aujourd'hui, on sait que la loi-cadre fonctionne. Il suffit de regarder ce qu’il se fait en Espagne." Le pays va même plus loin, en travaillant sur un projet de loi pour reconnaître les violences vicariantes, où les agresseurs s'en prennent aux enfants pour atteindre leur mère.
Un coût estimé à 3 milliards d'euros
Les collectifs féministes ont chiffré le coût de cette loi-cadre à trois milliards d'euros. "Il faut des moyens à la hauteur des enjeux pour traiter les situations de manière décloisonnée et pérenne", explique Solène, 29 ans, membre active du Collectif droits des femmes 06. Ce budget permettrait de financer la prévention, la protection des victimes, l'accompagnement juridique et psychologique, ainsi que la formation des professionnels.
Le rôle crucial des associations menacé
Un autre point de crispation majeur est la situation des associations de terrain. Les manifestants ont dénoncé des coupes drastiques dans les subventions publiques, qui mettent en péril leur capacité d'action. "C'est toujours la même chose : qu'est-ce qu'on priorise ? Il faut rappeler que ces associations pallient les manques de l’État", insiste Solène.
Ces structures sont souvent le premier et unique recours pour les victimes. Elles offrent une écoute, un hébergement d'urgence, et un accompagnement dans les démarches administratives et judiciaires. Leur fragilisation financière est perçue comme un abandon des victimes par les pouvoirs publics.
La prévention par l'éducation en question
La prévention est également au cœur des préoccupations. Les militants regrettent que les trois séances annuelles d'éducation à la vie affective et sexuelle, pourtant obligatoires dans les établissements scolaires, ne soient pas systématiquement mises en place. "Là aussi on rencontre d’importantes résistances", déplore Ariane Kuttel, membre du Collectif.
Pour beaucoup, l'éducation est la clé pour déconstruire les stéréotypes de genre et prévenir les violences à la racine. Le sentiment d'injustice est palpable face aux promesses non tenues du ministère de l'Éducation nationale. Sur les pancartes, on pouvait lire des messages comme "On ne naît pas femme mais on en meurt" ou encore "Forte comme une fille", rappelant que le combat est aussi culturel et doit commencer dès le plus jeune âge.
Malgré la gravité du sujet, une énergie combative animait le cortège. Chaque slogan, chaque prise de parole témoignait d'une détermination sans faille à poursuivre la lutte pour que la peur change enfin de camp.





