À l'approche des élections municipales de 2026 à Nice, la question de la gratuité des transports en commun s'impose comme un thème central du débat politique. La liste « Nice Front Populaire », portée par la France Insoumise et le collectif Viva, a détaillé un plan ambitieux visant à rendre les bus et tramways gratuits pour les résidents de la métropole, voire pour tous les usagers.
Cette proposition s'inscrit dans un contexte où la mobilité est un enjeu majeur pour les habitants de la métropole Nice Côte d'Azur. Alors que le maire sortant, Christian Estrosi, a récemment évoqué une gratuité ciblée pour les retraités, la gauche niçoise souhaite aller plus loin avec une mesure plus globale, dont la mise en œuvre serait progressive.
Les points clés du projet
- Instauration progressive de la gratuité des transports en commun à Nice et sa métropole d'ici 2028.
- Un plan en trois étapes : études (2026-2027), expérimentation le week-end (2027-2028), puis lancement effectif.
- Le financement reposerait sur une augmentation de la taxe de séjour et du versement mobilité des entreprises.
- Le projet inclut également un renforcement du réseau, notamment dans le haut et moyen pays.
Un calendrier précis pour une transformation majeure
Le projet présenté par la liste « Nice Front Populaire » ne se veut pas une promesse immédiate mais un plan structuré en plusieurs phases. L'objectif est de garantir une transition maîtrisée vers un nouveau modèle de mobilité pour l'ensemble du territoire métropolitain.
Phase 1 : Études et concertation (2026-2027)
La première année, de juin 2026 à juin 2027, serait consacrée à des études approfondies et à une large concertation citoyenne. Deux scénarios principaux seraient alors débattus : une gratuité réservée exclusivement aux résidents de la métropole, ou une gratuité étendue à tous les usagers, y compris les nombreux touristes qui visitent la région chaque année. Cette phase serait cruciale pour évaluer les impacts financiers et logistiques de chaque option.
Phase 2 : L'expérimentation (2027-2028)
Entre septembre 2027 et septembre 2028, une phase de test serait lancée. La gratuité serait mise en place uniquement durant les week-ends. Cette expérimentation grandeur nature permettrait d'observer les changements de comportement des usagers, d'évaluer l'augmentation de la fréquentation et d'ajuster en conséquence les fréquences des bus et des tramways pour répondre à la nouvelle demande.
Phase 3 : Le lancement officiel (septembre 2028)
Si les étapes précédentes sont concluantes, la gratuité totale des transports en commun sur le réseau Lignes d'Azur deviendrait effective à la rentrée 2028. Cette mesure s'accompagnerait d'un renforcement global de l'offre, une condition jugée indispensable pour garantir le succès du projet.
Un débat déjà bien installé
L'idée de la gratuité des transports n'est pas nouvelle à Nice. Elle fait suite à une annonce du maire Christian Estrosi en décembre dernier, qui proposait la gratuité pour tous les retraités. Cette mesure, qualifiée d'« électoraliste » par ses opposants de gauche, a relancé le débat sur une application plus large de ce principe, que plusieurs listes de gauche défendent depuis longtemps.
Comment financer un tel projet ?
La question du financement est au cœur des préoccupations et constitue le principal argument des opposants à la gratuité. La suppression des revenus de la billetterie représente un manque à gagner significatif pour la régie Lignes d'Azur. La liste LFI-Viva a donc élaboré un plan de financement reposant sur plusieurs leviers fiscaux et économiques.
Le principal levier serait une augmentation du versement mobilité, une contribution payée par les entreprises de plus de 11 salariés. L'idée est de l'aligner sur les taux pratiqués dans certains départements d'Île-de-France. Cette seule mesure pourrait, selon les estimations de la liste, rapporter plus de 40 millions d'euros supplémentaires.
Les touristes mis à contribution
Un autre axe majeur du financement consisterait à augmenter la taxe de séjour payée par les touristes. L'objectif serait de doubler les revenus actuels, passant de 25 millions à 50 millions d'euros par an. Cette manne financière contribuerait directement à compenser les coûts de la gratuité, que les touristes en bénéficient ou non.
Le plan de financement inclut également d'autres pistes :
- La captation d'une partie de la TICPE (taxe intérieure sur la consommation de produits énergétiques) au nom de la transition écologique.
- Une augmentation de la taxe sur les bureaux.
Des mesures d'accompagnement pour transformer la mobilité
La gratuité n'est que la partie la plus visible d'un projet plus global visant à repenser la mobilité dans la métropole. Avant même l'instauration de la gratuité en 2028, des mesures intermédiaires seraient mises en place dès l'été 2026 pour alléger le coût des transports pour les usagers.
Baisse des tarifs et retour de la carte 10 voyages
Dès le début du mandat, une baisse générale des tarifs serait appliquée. Parallèlement, la populaire carte 10 voyages à 10 euros, supprimée il y a quelques années, serait réintroduite. Ces actions visent à rendre les transports plus accessibles immédiatement, en attendant le passage à la gratuité totale.
Le projet prévoit aussi un renforcement significatif du réseau. Une attention particulière serait portée à la desserte du haut et du moyen pays, des zones souvent moins bien connectées au réseau principal. Les cadences des lignes existantes seraient également augmentées « en fonction des besoins » identifiés lors des phases d'étude et d'expérimentation.
« Notre ambition est de créer un véritable choc d'offre pour faire des transports en commun une alternative crédible et attractive à la voiture individuelle pour tous les habitants de la métropole. »
Enfin, le plan mentionne une reconfiguration des Chemins de fer de Provence pour en faire une véritable ligne de desserte urbaine, mieux intégrée au reste du réseau Lignes d'Azur, ainsi qu'une nouvelle gouvernance pour la régie elle-même. La bataille pour les municipales de 2026 est lancée, et la mobilité s'annonce comme l'un de ses terrains d'affrontement majeurs.





